Sans surprise, le dernier album de cette formation « avant-gardiste » américaine est encore une fois un coup de maître, toujours aussi exigeant et puissant.


Si la critique voit dans Coyote, le quatrième opus de Kayo Dot, un point d’aboutissement au projet qualifié « d’avant-gardiste » du groupe new-yorkais, cela est en partie lié aux différentes déclarations de sa figure principale, Toby Driver : évoquant toujours le désir de donner de nouvelles orientations à sa musique et d’expérimenter de nouvelles voies, ce dernier cite son ancienne formation, Maudlin of The Well, dissoute en 2003, comme une page tournée, une sorte de seuil atteint quant à l’investigation créatrice. En ce sens, Kayo Dot serait le nom d’un nouveau chemin pris, un prolongement logique s’inscrivant dans un processus qui ne fait que se projeter dans l’avenir.

En évitant de tomber dans un discours historicisant, on peut affirmer que ce dernier album paraît s’offrir à l’écoute suivant cette ouverture que l’on retrouve dans les précédentes productions aux sonorités free jazz et dans un sens plus général, à l’expérimentation. Or, il ne faut pas oublier que cette ouverture change radicalement de statut au moment du passage de l’expérience Maudlin of The Well à Kayo Dot. L’aspect progressif est nettement plus homogène chez le dernier, où les différents styles s’absorbent mutuellement sans pour autant s’effacer, en proposant ainsi une forme hétérogène, pénétrante et agressive. Dans Coyote, les différents éléments apparaissent distanciés et réfractaires, morcelés au sein d’une orchestration singulière, toujours ordonnée autours de Toby Driver. La guitare électrique est absente des compositions, à l’inverse des notes de basse qui, à la fois soutiennent le développement et condensent la touche distincte et vive de l’épreuve musicale. Malgré une formation changeante, Kayo Dot reste un terrain où le vacarme se maîtrise, et la folie qui s’y cultive touche aussi bien le jeu du violon, de la trompette et de la batterie que le synthétiseur, donnant des couleurs psychédéliques à un ensemble qui développe une démarche discontinue. Cela rend possible une rêverie qui se voit devenir une plainte discrète et délicate, capable de se manifester dans un discours irrégulier et mouvementé.

Une telle pratique de la dispersion, à la fois tourmentée et travaillée, n’est pas sans entrer en résonance avec l’histoire singulière de la production de l’album qui a été pensé au départ comme un projet sur scène, une sorte de performance sonore et visuelle mise en place par Toby Driver et Yuko Sueta, auteur-cinéaste. L’hospitalisation puis le décès de cette dernière contraint Driver de recentrer l’entreprise, qui finit par donner naissance à Coyote. Reprenant les textes de Sueta, le disque devient également un hommage à cette artiste et amie, tout en gardant d’une certaine manière l’empreinte d’une ambition antérieure, à savoir une composition longue et puissamment évocatrice. Si Coyote semble être finalement le récit d’un long et dernier regard posé sur la vie, c’est aussi le moment où le geste qui compose est aussi celui qui dépasse, ouvrant aussitôt sur une attente, qui est le véritable lieu de la violence ; un lieu tiraillé par les larmes du présent et la distance.

– Le site officiel

– En écoute « live » “Calonyction Girl” :

– En écoute « live » “Ineffable Whisper” (1ère partie) :

– En écoute « live » “Ineffable Whisper” (2ème partie) :