Ce fougueux quintet de Dublin réinitialise la tension post-punk, et s’avère tout sauf « fad »e


Le pitch de départ est somme toute assez banal : Dans leur chambre, deux frères, Daniel and Killian O’Kelley, se tirent la bourre sur leurs six-cordes respectives, puis, au lycée, rencontrent le reste du groupe. Emma Hanlon a la basse et au chant, Peadar Kearney à la guitare. Le batteur viendra plus tard. Les répétitions vont bon train, les idées fusent. Tout frais et encore spontanés, c’est donc le moment de l’album, et de la reconnaissance. Ha oui ? Pas vraiment. Peadar part en France, le projet est gelé net. Clap de fin.

Quatre années passent, le jeune homme rentre au pays. Dublin, précisément. Les rendez-vous reprennent, cependant deux longues années sont nécessaires pour trouver la bonne formule : car au moment ou un rayon de lumière daigne transpercer le bas ciel Dublinois pour illuminer quelques revivalistes Post-Punk, The Murder Capital et Fontaines D.C en têtes de gondole, leurs voisins de Silverbacks, un peu plus vieux, et certainement déjà assagis, se veulent plus pointus, plus distingués. Tiraillés entre leurs origines et ce qui se faisait loin de là, du côté du Lower East Side à New York dans les 80’s (No Wave, Art Rock), ils accouchent d’une forme de Punk agrémenté de sobres dissonances. Il y a des chœurs, une section rythmique implacable et souvent saccadée, et des mélodies indie solaires et stridentes à la fois, a l’image de leurs cousins Londoniens de Dry Cleaning, par exemple. Le tout est produit par un héros local, Daniel Fox, bassiste des bruyants Girl Band.

Tout coule de source et déborde d’élégance, à commencer par « Dunkirk », poppy en apparence, et qui évoque bien sûr l’épisode guerrier qui lie la France à la Grande Bretagne, et s’avère complexe par les diverses interventions de guitares s’incrustant sur la rythmique, saccadée mise en exergue par un chant a contrario nonchalant. La formule est scrupuleusement respectée sur les titres suivants et la paire basse-batterie fait des merveilles, sans artifices. Vient « Klub Silberrücken », et sur un air post punk lumineux (oui, c’est possible), le chant cristallin d’Emma Hanlon, posé là avec beaucoup de naturel, charme instantanément, les paroles évoquant de façon mélancolique « un film perdu de John Hugues ».

La seconde partie de l’album est tout aussi palpitante, et certainement plus relevé avec « Just In The Band » au tempo chaloupé, « Grinning At The Lid », à chanter à tue-tête une pinte a la main, ou « Up the Nurse » qui, ô joie, signe un nouveau passage chaleureux de Emma Hanlon au chant. Avec leurs airs de cadres dynamiques plus que de jeunes fougueux (que l’on imagine plus naturellement dans cet exercice), les trentenaires de Silverbacks dépassent la mode (« Fad ») du moment en ajoutant à leur post punk des manières, une certaine sophistication, sans pour autant être démonstratifs.

https://silverbacks.bandcamp.com/

Tracklisting:

  1. Dunkirk
  2. Pink Tide
  3. Drink It Down
  4. Fad ’95
  5. Dud
  6. Klub Silberrücken
  7. Travel Lodge Punk
  8. Just in The Band
  9. Grinning At the Lid
  10. Muted Gold
  11. Up The Nurses
  12. Madra Uisce
  13. LAst Orders