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En marge

Nul Records/Pias - 2010
Producteurs : Youth, David Brewis, The Futureheads

1. The Chaos 2. Struck Dumb 3. Heartbeat Song 4. Stop The Noise 5. The Connector 6. I Can Do That 7. Sun Goes Down 8. This Is The Life 9. The Baron 10. Dart At The Map 11. Jupiter
The Futureheads - The Chaos
article écrit par Paul-Ramone, le 28 juillet 2010

Reproche-t-on à The Fall de refaire toujours le même album ? La question va de sens également pour The Futureheads, à l’heure de leur quatrième album. La réponse est identique, donc : avec le quatuor de Sunderland, c’est toujours pareil mais ce n’est jamais la même chose. Hormis un second album curieux des possibilités offertes par un studio d’enregistrement (News and Tributes en 2006, sous l’influence du producteur Ben Hillier), le quatuor néo post-punk est vite revenu avec le vindicatif This Is Not The World (2008) à ses riffs de guitares angulaires plaqués sur une rythmique effrénée et des harmonies vocales en canon très chiadées. Trois producteurs ont beau se partager l’ouvrage — dont le londonien Youth (Depeche Mode) et leur ancien camarade d’école David Brewis (Field Music) — The Chaos ne connaît aucune baisse de régime ou dispersion. A peine serait-on tenté d’avancer un retour vers les progressions casse-tête de leur premier opus séminal — le très Devo “The Connector” ainsi que la chanson éponyme. Nettement plus malins que ses contemporains binaires, nos quatre grosses têtes empilent en moins de trois minutes plus d’idées que l’intégralité de la discographie de Bloc Party et The Editors (virage electro inclus). D’autant qu’entres quelques équations à guitares thermonucléaires, la paire guitare/chant Barry Hyde et Ross Millard a le don du single paniqué qui gifle sévèrement — “I Can Do That”, “Struck Dumb”, “Heartbeat Song"... Et maintenant ? Le quatuor annonce un prochain album entièrement a capella. Décidément, la surprise avec ce groupe n’est jamais là où on l’attend.

-  Site officiel
-  Lire également notre entretien (juillet 2008)

-  "I Can Do That" en écoute :

Not Not Fun - 2010

1. Ma Holo 2. Beat Cop 3. The Stakeout 4. Conga Mind 5. Deep Cover 6. High Slide 7. The Stakeout : Reprise 8. Dimension Alley 9. Holodeck Blues
Sun Araw - On Patrol
article écrit par Fabrice Fuentes, le 27 juillet 2010

Un des attraits notables des musiques dites « psychédéliques » tient à leur capacité, souvent intrinsèque, à mobiliser les sens de l’auditeur, à le transporter. Cette notion de transport, sinon de voyage, nourrit en profondeur la musique de Cameron Stallones (membre des Magic Lantern), et tout particulièrement ce magistral On Patrol qui n’a de cesse d’arpenter un territoire miroitant, à la fois connoté (populaire) et indéterminé. Par certains aspects instrumentaux (effets wah-wah, percussions tribales, beats aquatiques, tonalités funky) les neuf morceaux de l’album renvoient à un exotisme tropical, moite et subtilement groovy, mais se fond et se confond également une dimension urbaine patente, identifiable à travers les riffs de guitare électrique rampants, les couches superposées de synthé analogique, le chant hanté et indistinct ou, encore, le trafic répété des boucles sonores. Tout se passe comme si un son en appelait un autre, propice à se propager et se diluer tel un fluide dans l’ensemble en même temps qu’il le colore et en épaissit subtilement les contours. Peut s’entendre ici une certaine griserie à composer un horizon musical qui ferait de la mobilité son principal moteur esthétique, un mouvement centripète qui vise l’immersion, l’enveloppement. On s’enfonce dans On Patrol comme dans un rêve, avec ce sentiment diffus que l’univers, perçu comme un écho lointain, se dérobe sous nos pieds et le temps se dilate à l’infini. Tout aussi étrangement, à l’écoute du disque, In A Silent Way de Miles Davis et certaines oeuvres en solitaire de Don Cherry (Music/Sangam) résonnent davantage dans nos oreilles que les divers contemporains de Sun Araw : même rapport à l’intangible et à une intériorité (re)foulée, même sensation d’approcher en douceur ce qui sommeille et grouille en nous, cette demeure où la nuit plonge tout chose et l’esprit se ressource en paix. Soit au final une proposition musicale décalée, audacieuse et proprement singulière.

-  La page Myspace de Sun Araw
-  Le site de Not Not Fun

-  En écoute : "Ma Holo"

Anti/Pias - 2010
Producteur : Will Shef

Tracklisting : 1. Devotional Number One 2. Ain’t Blues Too Sad 3. Goodbye Sweet Dreams 4. Be And Bring Me Home 5. Bring Back The Past 6. Please, Judge 7. John Lawman 8. True Love Cast Out All Evil 9. Forever 10. Think Of As One 11. Birds’d Crash 12. God Is Everywhere
Roky Erickson - True Love Cast Out All Evil with Okkervil River
article écrit par Paul-Ramone, le 19 juillet 2010

Comme toute résurrection artistique, celle de Roky Erickson relève du miracle. La vie du légendaire leader de l’ascenseur cosmique The Thirteenth Floor Elevators compte parmi les plus tragiques de l’histoire du rock. Avec son groupe précurseur du rock psychédélique, Roky Erickson a percuté de plein fouet la révolution sixties avec ses premières expériences hallucinogènes. Mais au réveil des années 70, le rêve acidulé vire au cauchemar permanent : son état mental préoccupant le conduira trois ans en hôpital psychiatrique où il subira des traitements par électrochocs (à l’instar d’Iggy Pop et Lou Reed, ça ne rigolait pas à l’époque). Sa carrière devient alors erratique. Quelques albums solos paraissent dans les années 80, notamment pour le label français New Rose, puis c’est la rechute. Le silence radio durera quatorze ans. Alors qu’on l’imaginait finir sa vie reclus tel un Syd Barrett, le survivant a redonné quelques concerts habités en 2005. Et une nouvelle génération de découvrir ce pionnier mésestimé, dont parmi eux l’admirateur Will sheff, d’Okkervil River, ici producteur dévoué et cosignataire de l’ensemble de cet album. De l’eau a coulé sous les ponts, True Love Cast Out All Evil est loin du garage rock allumé du 13th Floor Elevators — c’était déjà le cas sur l’excellent Roky Erickson and the Aliens son premier album solo paru au début des années 80. Aujourd’hui âgé de 63 ans, Roky Erickson chante de sa voix chevrotante et amochée des ballades folk/rock introspectives, somptueusement arrangées par les hommes de main de Will Sheff. On y découvre un revenant exorcisant ses démons, mais balayé de tout voyeurisme malsain. Ses chansons entrevoient la lumière au bout du tunnel. Régulièrement émouvant, voire bouleversant.

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Aloud Music Ltd. - 2010

1. Tchod 2. Magreb 3. Zanzibar 4. Voland 5. Danubio/Danube 6. Koschei 7. Bizancio/Byzantium
Toundra - II
article écrit par Umut Ungan, le 2 juillet 2010

Toundra fait partie de ces enfants insolents qui, malgré les feux qui l’entourent, se bornent à suivre un chemin troublé, celui du post-rock — troublé pour le critique car parcouru et exploité régulièrement par des musiciens avec une ardeur constante. Sans trop schématiser, on peut néanmoins dire que cet état de fait semble concerner ceux qui s’engouffrent sans relâche dans la brèche ouverte par des formations comme Mogwai ou le label canadien Constellation. A savoir une forme progressive tirant toute sa force, et le bénéfice, d’une instrumentalité affirmée où l’effervescence du départ, présente dans les divers discours, semble laisser la place aujourd’hui à une relecture fade et conventionnelle. En ce sens, rien de bien nouveau chez les espagnols de Toundra, bien que ces derniers penchent sensiblement du côté des groupes comme Russian Circles, Gifts from Enola ou Pelican, qui n’hésitent nullement à saturer leurs jeux. Modestement intitulé II, l’album se distingue par son rythme vorace, arrivant même à contaminer les intervalles stationnaires entre les moments d’exaltation. De l’ordre d’un cheminement bien mesuré, les compositions laissent entendre une constante richesse, culminent les intensités dans un jeu fluide, clair et éclatant, accordant ainsi au plaisir toujours renouvelé, tiré du dialogue des opposés et d’un horizon toujours en fuite, un espace d’insouciance quant aux éventuelles analogies et répétitions. Un album qui saura rassurer les adeptes du genre, et que les néophytes consomment (ou consommeront) vite, sans grande conviction.

-  Le site myspace

-  Ecouter l’intégralité de l’album sur le site de Alone Music Ltd.

Brushfire Records - 2010
Producteur : Dennis Herring

1. Solitary Gun 2. Good Morning 3. Sleepwalker 4. Stars and Stripes 5. Permalight 6. Fear Itself 7. Right With You 8. We Will Make A Song Destroy 9. I’ll Never Leave You 10. Per Anger 11. You Have Boarded 12. All That Remains
Rogue Wave - Permalight
article écrit par Paul-Ramone, le 28 juin 2010

Tous comme le Shins en chef James Mercer, autre emblème du renouvellement (Sub) Pop au mitan des années 2000, Zach Rogue a depuis déserté le carcan indépendant pour trouver refuge chez des majors bien mieux loties. Le quatuor californien a ainsi rejoint Brushfire Records en 2008, le label du surfer (plein) d’argent Jack Johnson. Outre cette faute de goût contractuelle, et bien que le nom du groupe était prédestiné à ce choix, la discographie de Rogue Wave était jusqu’ici exemplaire : un premier album de pop/folk psychédélique démontrant une stupéfiante habilité au refrain candide et incandescent, puis deux albums jouant « collectif » où les harmonies côtoyaient des arrangements électriques de plus en plus étoffés, voire vrillés (comprendre shoegazy). Pour avoir révisé notre jugement sur Asleep At Heaven’s Gate, suite à une chronique trop hâtive, cette quatrième cuvée est, on peut le confirmer cette fois, clairement en dessous des précédentes. Mais quand bien même la maladroite direction électronique empruntée serait mise en cause, on ne peut que saluer tout de même cette volonté d’aller de l’avant. Produit par Dennis Herring (Elvis Costello), le single “Good Morning”, si suréquipé des dernières avancées electro-synthétiques, manque par exemple sévèrement de grippe. Il en est de même pour le titre éponyme “Permalight”, tellement gadget et dénué de sève qu’il aurait presque tendance à dévaluer le reste du disque. Ce qui serait dommage car, en cherchant bien, il demeure tout de même quelques jolies choses : “Sleepwalker”, grandiose folk song équilibriste et “Fear Itself”, seule réussite synthétique et une captivante méditation atmosphérique. Et aussi, dans sa seconde moitié, deux pointes power pop lancées telle une fusée en intumescence (“Right With You”, “Peer Anger”). Preuve que si Zack Rogue a fait fausse route cette fois-ci, le garçon ne manque toutefois pas de ressources.

-  Site officiel
-  Lire également notre chronique de Asleep At Heaven’s Gate (2007)
-  Lire également notre chronique de Descended Like Vultures (2005)
-  Lire également notre chronique de Out of The Shadow (2004)

-  En écoute : "Solitary Gun"

Rogue Wave - Solitary Gun from Rogue Wave on Vimeo.

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