1. Uta
2. Mes
3. Debu
4. Utyu
5. Hel
6. Utan
7. Ponkori
Summons of Shining Ruins - Bird Requiem article écrit par Umut Ungan, le 9 septembre 2009
« J’ai toujours vécu avec beaucoup d’oiseaux, aujourd’hui ils sont partis ». Shinobu Nemoto aka Summons of Shining Ruins fait partie de ces musiciens qui illustrent le regain d’intérêt de ces dernières années pour l’analogique. Cela est en partie lié au fait que le son organique, le bruit et l’imperfection créent une atmosphère particulière qui inspire bon nombre de compositeurs à proposer des œuvres intimistes, donnant libre cours à leur imagination. Bird Requiem se compose de sept morceaux à la guitare électrique hautement saturée. A la première écoute, on se trouve confronté à une opacité musicale due à un son très étouffé. Or, au delà de cette couche rugueuse qui enveloppe les morceaux, chaque composition abrite une douceur imprévue et une mélodie envoûtante venant des profondeurs. La touche simpliste de Shinobu Nemoto se révèle ici comme une envie de revenir sur ses propres souvenirs d’enfance, désormais « en ruines » comme il le dit lui-même. La musique apparaît comme un médium particulièrement efficace lui permettant de révoquer les impressions et de réaliser ainsi un véritable travail de mémoire. Bird Requiem est comme une prière secrète, extrêmement touchante, prononcée dans l’intimité mais qui s’adresse à toutes les âmes habitées par ce sentiment qu’est la nostalgie.
1. Barcode 2. Lies 3. Hit From the Morning Sun 4. Off the Leash 5. The Menace 6. Act Like That 7. Julian 8. Better Than Heavy 9. Better Them Than Us10. Alphabet Assassins 11. All Your Ever Afters
« Bâtard », voilà ce que signifie Mongrel, supergroupe formé en 2008 par le MC d’origine irakienne Low Key, le bassiste des Arctic Monkeys Andy Nicholson, le bassiste des Babyshambles Drew Mc Connell, et enfin John Mc Clure et Joe Moskow des Reverend and the Makers. Et l’on peut dire que leur projet colle parfaitement à leur nom, de la pochette (découpage bizzaroïde de visages) à la musique proposée (du hip-hop par des rockers-popeux). Tout ici est melting-pot, mélange, et tellement britannique. Car comme Damon Albarn, également superhomme de supergroupes (Gorillaz, The Good, The Bad And The Queen) l’avait soufflé sur “Three Changes” de GBQ, la Grande-Bretagne « is a stroppy little island of mixed-up people » (une petite île têtue d’un peuple contrasté). Mongrel est une concrétisation du constat d’Albarn, émanation d’un peuple mixé et remixé. Syncrétisme musical et ethnique pressé sur CD. Il se veut également un groupe contestataire, né en réaction à tout ce qui arrive depuis le 11 septembre 2001, puis la guerre en Irak. Et là, c’est la catastrophe puisque Low Key ne fait qu’ouvrir les vannes de soupe tiède, de la guimauve en veux-tu en voilà. Le combo se contente de rappeler à l’auditeur ce qu’il sait déjà : bons sentiments, discours de Miss France (« la guerre c’est nul »), il tape sur Bush (trop tard), nous avertit qu’au Darfour ça va mal, que nous sommes tous des numéros (la sécu, gare à toi !) ou encore que les politiciens sont véreux... Des portes tellement ouvertes qu’elles ont été défoncées et piétinées. Donc rien de bien neuf sur un flow qui n’est quand même pas du Mos Def. Les samples sont toutefois bien foutus, mais rien de révolutionnaire à l’horizon. Mongrel alterne entre de la soul, du rap, des riffs, le tout sans ligne directrice qui serait pourtant salutaire. Apprécions quand même le très Blackalicious “Menace” et les efforts de Mc Clure sur un “Julian” bien construit. Hormis cela, circulez, il n’y a rien à voir.
1. Only If You Run
2. Fun That We Have
3. Skyscraper
4. Games for Days
5. Madrid Song
6. No Chance of Survival
7. Unwind
8. Girl on the Sporting News
9. On the Esplanade
10. Fly As You Might
11. H
Julian Plenti - Julian Plenti Is... Skyscraper article écrit par Paul-Ramone, le 31 août 2009
Après une inspiration tombée en cale sèche avec le plutôt platonique Our Love To Admire (2007), cette première cure en solo — forcément très attendue — du chanteur/guitariste Paul Banks réconforte quant à l’état de santé de la principale force motrice d’Interpol. Désinhibé sur le très soigné ... Skycraper, le New Yorkais à la voix ténébreuse, qui a pour le coup repris son pseudonyme des débuts, affirme son autorité de songwriter (soit logiquement pour tout musicien le motif premier d’un projet solo) et parvient de surcroit à dévoiler une facette artistique plus « personnelle » (motif second d’un exercice solo... jusqu’ici le cahier des charges est tenu). Pourtant, ce n’est pas tant dans la structure de compositions moins aguicheuses (certaines amputées de refrains) que Paul Banks parvient à insuffler du sang neuf mais en s’éloignant des codes devenus prévisibles de son post-punk. En atténuant la frénésie des guitares électriques pour un lyrisme austère serti d’arrangements princiers (cordes, piano, contrebasse...), s’entrevoie enfin sur cet album un futur plausible à Turn on The Bright Lights (2002) et Antics (2004). Sur la pop résignée de “No Chance Survival” ou les surprenantes trompettes glorieuses d’“Unwind”, la voix désarmée de Banks plie mais ne rompt pas. On pense notamment à feu Sixteen Horsepower lorsque la mélancolie flirte avec une guitare folk (le sublime “Skyscraper”, “On The Esplanade”), des cousins post-punk finalement pas si éloignés. Bien sûr, les offensives carrées et implacables de “Game For Days” ou l’ouverture redoutable de “Only If You Run” ne sauraient cacher la signature d’Interpol (la production de Peter Katis et la présence du batteur Sam Fogarino n’étant pas à négliger là-dedans). De l’art de satisfaire tout le monde, dirons-nous. Alors que s’élabore en ce moment même le quatrième album d’Interpol, Julian Plenti Is... Skyscraper pourrait être cette soupape bienvenue qui pourrait remettre les New Yorkais sur la bonne voie. Car Paul Banks a retrouvé le goût du danger.
1. Blueprints for Sunbuilding 2. Sault Locks 3. Skin The Night and Fog 4. Sunday Morning Ghost
Drafted By Minotaurs - Aversion Therapy article écrit par Umut Ungan, le 25 août 2009
On ne connaît que trop bien ces notes qui se dessinent comme de la fumée dans l’air, épaisses, se dissipant aussitôt. On s’y sent bien, se réjouissant de retrouver un endroit familier. En ce sens, rien de bien révolutionnaire chez Drafted by Minotaurs, composé de Ryan Wilson et Ian Fulcher et qui propose avec Aversion Therapy une musique dans le croisement d’influences diverses : le minimalisme d’un Stars of The Lid et les structures sonores de Tim Hecker traversent “Sunday’s Morning Ghost”, tandis que “Blueprints for Sunbuilding” contient la sensibilité d’un Animal Collective. Or citer ces influences ne nous apprend rien sur la musique de Drafted By Minotaurs puisque le duo offre une matière neuve magnifiquement orchestrée et contrôlée, où les instruments semblent s’exposer à leurs limites. Cela donne lieu à des séries toujours évanescentes, comme de légères vagues qui ne se laissent contempler sans pour autant nous laisser retrouver la sérénité d’une mer calme. Malgré une durée relativement courte — à peine une demie heure —, Aversion Therapy constitue une expérience musicale profonde et méditative, ayant cette richesse que peu d’artistes aujourd’hui peuvent produire, à savoir une musique vivante, capable de dialoguer avec celui qui l’écoute.
1. Perdeu
2. Sem Cais
3. Por Quem ?
4. Lobão Tem Razão
5. A Cor Amarela
6. Base de Guantánamo
7. Falso Leblon
8. Incompatibilidade de Gênios
9. Tarado Ni Você
10. Menina da Ria
11. Ingenuidade
12. Lapa
13. Diferentemente
Caetano Veloso - Zii e Zie article écrit par Fabrice Fuentes, le 20 août 2009
Sorti en 2006, le mésestimé Cê — ce grand disque de rupture suivi d’un live (Mulitshow Ao Vivo, 2007) passé complètement inaperçu — aura ouvert les portes d’une nouvelle ère créative dans la déjà exemplaire discographie de Caetano Veloso. Enregistré dans l’urgence et en formation réduite, cet album très personnel de rocksamba n’avait rien d’un caprice juvénile, comme en atteste aujourd’hui sans ambages Zii e Zie qui participe d’un semblable minimalisme et réunit autour de l’élégant Brésilien le même groupe : Pedro Sá à la guitare électrique, Marcello Callado à la batterie, Ricardo Dias Gomes aux claviers. Soudés comme un seul homme par l’expérience revigorante et extatique de la scène, les musiciens ont à l’évidence enrichi leurs relations instrumentales qui ont perdu en spontanéité et désinvolture ce qu’elles ont gagné en complémentarité et harmonie. Une série de concerts donnés à travers le monde qui ont ensuite été l’occasion pour Veloso de recueillir, via Internet, les impressions de son public, dont les mots et les maux ont constitué la matière première de ses nouvelles chansons qui promènent leur révolte des favelas de Rio à la Maison Blanche de Washington, en passant par la prison de Guantánamo et les grottes talibannes d’Afghanistan. Politisé comme il se doit, mais très éloigné toutefois de la fièvre formelle du tropicalisme, cette marotte journalistique à laquelle on continue de faire référence à son endroit comme si cette insurrection musicale n’avait aucun point d’ancrage historique (la dictature militaire de l’après Goulart à la fin des années 60) et esthétique (style fragmentaire, citationnel et télégraphique) précis, le bahiannais badine avec les styles (samba, rock, funk, jazz) sans prétendre à renverser la vapeur. À l’instar de sa superbe version épurée de “Incompatibilidade de Gênios” de João Bosco, réduite à une rythmique obstinée et des arpèges de guitare répétitifs, Veloso œuvre moins à faire perdurer une révolution enterrée avec Tropicalia 2 (1994), qu’à couper le cordon en retranchant jusqu’à l’os les gimmicks de chaque idiome musical abordé. Plutôt à rapprocher de celle du cubain Alfredo Triff que de son compatriote Tom Zé, la musique du Brésilien distille à présent une beauté trouble dont la brutalité intrinsèque côtoie la douceur des choses premières, ces racines que l’on déterre pour renaître — encore une fois.
1. Actaeon’s Fall (Against the Hounds)
2. Anesthesia
3. Bar-Nasha
4. Cover Your Wounds With the Sky
5. Ursa Minor
6. River of Heaven
7. The Ballad of Charley Harper
8. Enemies Before the Light
Six Organs of Admittance - Luminous Night article écrit par Fabrice Fuentes, le 18 août 2009
Récemment mis à l’honneur lors de notre dossier consacré au picking (suite et fin à la rentrée), Ben Chasny, alias Six Organs of Admittance, livre son album annuel sans tambour ni trompette, le onzième en dix ans. Prolixe, le guitariste appartient à cette catégorie de musiciens obstinés, semble-t-il portés vers un unique dessein musical, mais totalement incapables de se répéter. Certes, rien ne ressemble plus à un disque de Six Organs of Admittance qu’un autre disque de ce groupe à géométrie variable, au line-up sans cesse renouvelé — ici composé de l’altiste Eyvind Kang (membre de Secret Chiefs 3), du flûtiste alto Hans Tueber, du joueur de tablâ Tor Dietrichson, du batteur Matt Chamberlin (Robert Fripp, Bill Frisel) et du percussionniste Dave Abramson — et, pourtant, aucun n’est réductible à un décalque paresseux des précédents. Luminous Night d’en être la preuve patente : tous les éléments caractéristiques de l’esthétique de Six Organs of Admittance y figurent en bonne place (guitare acoustique et électrique, électronique discrète, percussions, chant vaporeux, ambiances somnambuliques, sentiment de hantise assourdie et prégnante, ragas revus à la sauce acid-folk) sans que l’auditeur ne perçoive une once de redondance. Bien au contraire, de ce nouveau disque filtre une lumière déjà entrevue sur le précédent Shelter From The Ash (2007), mais dont l’envers d’ombre menace ici la portée avec davantage d’ambiguïté, voire d’inspiration — même si s’affirme la tentation de folk songs plus convenues. À l’instar du morceau placé en ouverture, consacré au mythe d’Actéon dévoré par ses chiens pour avoir découvert malencontreusement la chaste déesse Diane, fille de Zeus et Léto, en train de se baigner nue dans un cadre sylvestre, l’album en son entier souffle le chaud et le froid, constamment écartelé entre son désir de beautés radieuses et les aspirations morbides qui le traversent. Produit par Randall Dunn (Earth, Sunn O)))), dont l’influence se ressent nettement sur la rêverie dronisante “Cover Your Wounds with the Sky” ou le caverneux “Enemies Before the Light”, Luminous Night cultive, entre méditation personnelle et hantise, verticalité spirituelle et dérive horizontale, un hors-lieu musical où, en creux, Ben Chasny œuvre à présent à sortir du tunnel attiré qu’il est par une blanche lumière aveuglante.
Joëlle Léandre & William Parker - Live at Dunois article écrit par Fabrice Fuentes, le 13 août 2009
Après Contrabasses paru en 1998, c’est la seconde fois que Joëlle Léandre et William Parker croisent leur instrument de prédilection pour le label londonien Leo. Enregistré le 26 janvier dernier dans le cadre du festival Sons d’Hiver, ce set intense s’impose d’emblée comme des retrouvailles discographiques au sommet. L’intense dialogue de cordes pincées, frottées, percutées ou caressées s’apparente à un un ballet haletant mettant en scène (en son) deux musiciens non seulement faits pour s’entendre mais, aussi, capables de dramatiser leur rapport en un corps à corps proche de la danse. Tressant et entrelaçant les figures, les deux contrebassistes affrontent leurs certitudes autant qu’ils s’affrontent dans l’incertitude d’un devenir mutuel, de sorte qu’ils définissent peu à peu un espace de rencontre, qui est aussi celui d’un péril commun. Entre élévation et chute, les deux musiciens à l’origine des six improvisations sans nom de Live at Dunois cherchent quelque chose qui est à égale distance de la beauté (le lyrisme dont fait preuve Joëlle Léandre lors du finale de la seconde pièce) et de la blessure (la sinueuse méditation magnifiquement propulsée ou altérée à coups d’archets baroques de la quatrième pièce). S’il peut paraître difficile, lors des premières écoutes à tout le moins, de dissocier avec exactitude la contrebasse de l’une ou celle de l’autre, c’est moins un sentiment de fusion recherchée qui prédomine ici, que cette façon propre aux musiciens de se tourner autour, de s’éviter ou de s’attirer (en se distribuant notamment le jeu à l’archet), de chantourner ou d’émouvoir leurs gestes musicaux. Il faut ainsi attendre la dernière plage pour que la sérénité l’emporte progressivement sur l’inquiétude et l’agitation : le chant de Léandre plane alors comme un esprit chamanique, tandis que Parker enchaîne les motifs rythmiques avec parcimonie, cherchant en pizzicato la profondeur de timbre adéquate à la plénitude de la voix. Cela jusqu’à l’apaisement et la disparition des deux maîtres sous les applaudissements fournis du public. Et d’appeler d’autres recommencements.
1. I’m Going Away
2. Drive to Dallas
3. End Is Near
4. Charmaine Champagne
5. Cut the Cake
6. Even in the Rain
7. Staring at the Steeple
8. Ray Bouvier
9. Keep Me in the Dark
10. Lost at Sea
11. Cups & Punches
12. Take Me Round Again
The Fiery Furnaces - I’m Going Away article écrit par Fabrice Fuentes, le 11 août 2009
Jamais à un paradoxe près, l’excellent et déconcertant duo The Fiery Furnaces sort un de ses meilleurs disques au moment où il semble pourtant laisser de côté tout ce qui le caractérisait jusque-là. Juste pop plutôt que stylistiquement azimuté, linéaire plutôt que déconstruit, concis plutôt qu’interminable, I’m Going Away déroute de prime abord par sa simplicité — à tout le moins apparente — et sa façon de se poser presque en porte-à-faux dans l’œuvre déjà affirmée et reconnaissable entre toutes du groupe. Après un live pantagruélique (Remember, 2008), les prolifiques Eleanor et Matthew Friedberger (sept albums en autant d’années) auraient-ils ainsi éprouvé le besoin de contrer leur nature schizophrénique le temps d’un disque récréatif ? Certainement pas. S’il a bel et bien remisé ses concepts au placard, opté pour des lignes claires et chatoyantes, le duo amorce un virage créatif étonnant mais finalement prévisible. À l’époque de la sortie de Widow City (2007), la mécanique Friedberger nous paraissait en effet tourner quelques fois dans le vide, à tel point que les morceaux les plus passionnants relevaient alors moins, comme par le passé, de rouages alambiqués qu’ils ne témoignaient, contre toute attente, d’une certaine modération, allant droit au but en trois quatre minutes seulement. De ce point de vue, I’m Going Away entérine avec succès cette volonté de lisibilité mélodique et d’efficacité. Mais si The Fiery Furnaces éprouve ici un besoin somme toute salutaire de revenir à certains fondamentaux et un songwriting plus limpide, il n’a pas encore tout à fait le profil pour rentrer dans le rang. Avec ce faussement classique nouvel opus le duo continue de sonner comme personne ou, plutôt, comme lui-même : logorrhée parlée/chantée d’Eleanor Friedberger, préludes et transitions mid-tempo au service d’un art de la narration oblique, ponctuations de guitares électriques rêches aux couleurs vintage, accélérations imprévisibles ou rythmiques à contretemps, ajouts d’instruments éloquents (orgue, flûte, percussions), sur I’m Going Away la singularité du groupe n’est pas vraiment prise en défaut. Au contraire, elle trouve dans ce contexte volontiers homogène à se magnifier de plus belle.