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En marge

Moshi Moshi/Discograph - 2009

1. Saddest Summer 2. Let’s Go Surfing 3. Make You Mine 4. Don’t be a Jerk, Jonny 5. Submarine 6. Down by the Water 7. I Felt Stupid
The Drums - Summertime EP
article écrit par Paul-Ramone, le 11 janvier 2010

Quelque part entre l’ascétisme pop des Young Marble Giant et l’aurore boréale dansante de New Order, The Drums pose son paréo là. Avec de telles références issues de la brumeuse Angleterre post-punk, c’est à se demander comment la paire de floridiens Jonathan Pierce et Jacob Graham est parvenue à tirer quelques couleurs estivales de cette esthétique glacialement codée. Dans une critique réactualisée de la hype 2010, The Drums serait le versant lumineux de The XX parti se payer leurs premières vacances sur la côte d’azur. D’ailleurs, avec leur vingtaine flamboyante, les américains juvéniles sont un poil plus vieux que le sombre trio ultra méché. Rien de vraiment neuf sous le soleil factoryen mais, pourtant, les sept titres de cet EP (soit dit en passant le dosage idéal pour ce format) recèlent quelques vertus rafraichissantes. Une electro pop naïve qui assume ses défauts (passeront-ils l’hiver ?), d’un goût certain, voire suffisamment pour susciter l’excitation de nos œillères. Boite à rythme, clavier fluo et guitare concourent à jouer la note minimum syndical et c’est dans cette juste économie que repose le charme de The Summertime EP. À charge, ensuite, pour ce chant maniéré d’enfoncer l’accroche mélodique qui colle et dont on a bien du mal à se dépatouiller le reste de la journée. Car question prise, les additifs “Let’s Go Surfing”, “I Felt Stupid”, “Don’t be a Jerk, Jonny” et “Saddest Summer” font un effet Super Glue 3, à scotcher au plafond (¡¡). Plus dur sera la chute ? Peut-être bien. Pour l’instant, profitons de cette éclaircie d’hiver éphémère mais bienvenue.

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-  Ecouter et voir “Let’s Go Surfing” :

Warner - 2009

1. Convinced of the Hex 2. The Sparrow Looks Up At The Machine 3. Evil 4. Aquarious Sabotage 5. See The Leaves 6. IF 7. Gemini Syringes 8. Your Bats 9. Powerless 10. The Ego’s Last Stand 11. I Can Be A Frog 12. Sagitarrius Silver Announcement 13. Worm Mountain 14. Scorpio Sword 15. The Impulse 16. Silver Trembling Hands 17. Virgo Self-Esteem Broadcast 18. Watching The Planets
The Flaming Lips - Embryonic
article écrit par Fabrice Fuentes, le 4 janvier 2010

Avec le titre de leur quatorzième opus (en quasi 25 années de carrière), The Flaming Lips d’annoncer sans ambages la couleur : Embryonic sera l’album du recommencement, du retour aux fondamentaux, l’ébauche, pourquoi pas, d’un nouveau monde. Et pour renaître, il faut déjà avoir vécu, se souvenir (de Zaireeka par exemple, paru en 1997). Une mémoire que la bande à Wayne Coyne n’aura de cesse de convoquer 70 minutes durant, une mémoire (é)perdue, parcellaire, brouillée, bruyante, torturée (le pink floydien “Evil”, placé en début d’album, pointe la nostalgie du passé et l’effroi de l’oubli). Jusque-là rien de bien neuf sous le soleil psychédélique des Flaming Lips, ces doux dingues adeptes depuis toujours des cocktails hyper-référencés et des expériences sonores azimutées. Sauf que, cette fois-ci, le ton se veut nettement plus grave : toutes guitare abrasive, batterie pétaradante et basse pulsionnelle dehors, les fantasmagories habituelles virent au vinaigre, voire à la psychose pure et simple. Même un morceau d’apparence récréative comme “I Can Be A Frog” cache sous ses airs de comptine ludique une dimension border line patente, comme si la présence de la chanteuse Karen O (Yeah Yeah Yeahs), qui singe différents animaux comme une gamine espiègle, s’apparentait à une voix intérieure proprement délirante (on remarquera la rythmique en fond qui épouse étrangement celle d’un cœur). Inquiétude, étrangeté, folie et horreur mêlées inondent la plupart des titres de Embryonic, tant au niveau des textes cyniques et fatalistes de Coyne, qui a remisé au placard ses marionnettes et autres facéties granguignolesques, que du remarquable traitement sonore, tout en denses circonvolutions et méandres obscures, signé du fidèle Dave Fridmann. Loin du pastiche pop post-moderne devenu quelque peu sa marque de fabrique depuis l’acclamé The Soft Bulletin (quoique le précédent At War with the Mystics amorçait déjà un virage moins enjoué), la formation de Oklahoma se réinvente dans cette tenaille où s’imbrique leurs sempiternelles aspirations pour les bidouillages sonores bizarroïdes hérités des années 70 et les visions plutôt sombres et tranchantes qui les habitent aujourd’hui. Par bien des points (durée démesurée, morceaux à profusion, richesse des propositions sonores, mariage irrespectueux d’influences...), Embryonic relève du monstrueux. Mouvant et désordonné, colossal et effrayant, il contient en germe, à l’instar du récent Third de Portishead, les angoisses du monde qui l’a vu naître.

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-  En écoute : "The Ego’s Last Stand"

Mute/Virgin - 2009

1. As the Dawn Breaks 2. Open Up the Door 3. Ashes on the Fire 4. Remorse Code 5. Don’t Get Hung Up in Your Soul 6. Soldier On 7. For Your Lover, Give Some Time 8. Don’t You Cry
Richard Hawley - Truelove’s Gutter
article écrit par Fabrice Fuentes, le 29 décembre 2009

À pas feutrés, Richard Hawley poursuit son petit bonhomme de chemin, d’album en album tous plus impeccables les uns que les autres. À tel point que l’on ne voit plus grand monde capable de suivre l’impériale cadence de ce solitaire magnifique. Sur Truelove’s Gutter, à contre-courant des modes et du vacarme triomphant, ses chansons prennent le temps d’exister, de s’incarner dans la nuit, irradient une douceur erratique et ambivalente, jamais vraiment reposées, toujours un peu sur le fil qu’elles sont. L’ancien guitariste de Pulp cultive un art de la résistance bien à lui, celui qui consiste précisément à prendre son temps. C’est-à-dire écouter son propre rythme intérieur, peser chaque mot chanté, trouver la musicalité adéquate, laisser venir. Autant dire que le crooner de Sheffield y parvient encore une fois à merveille sur Truelove’s Gutter, un disque aux contours ombrés où la musique des maux le dispute à la suggestion et la sensation. Le premier morceau est ainsi introduit, durant plusieurs minutes, par les notes d’un orgue lancinant, une entrée en matière qui pose moins une tonalité d’ensemble qu’elle ne figure d’emblée un ralentissement, une suspension du cours des choses qui est aussi une invitation à pousser la porte (“Open Up Your Door”). L’esthétique de la ballade prédomine tout au long du disque (seule “Soldier On” subit au mitan de son développement de cordes la loi d’une guitare électrique triomphante), sans toutefois laisser poindre un sentiment de lassitude. Chacune des huit chansons de Truelove’s Gutter joue de la surface et de la profondeur : étales ou légèrement ondulées en apparence, elles dissimulent en réalité moult remous et recoins, des ténèbres d’où s’extrait la lumière d’un désir salutaire, des angles morts qu’une oreille lancée à pleine vitesse ne saura bien sûr considérer. À cela, ajoutons une science des alliages chromatiques entre différentes générations d’instruments qui atteint sur cet album une incontestable plénitude. Il en va d’un dialogue par-delà les notions obsolètes d’archaïsme ou de modernité, de vintage ou de contemporain, en bref d’une certaine et haute idée de la conjonction, de la rencontre des temps. Et, aussi, d’une mélancolie des cendres (“Ashes on the Fire”) sur lesquelles l’homme et le chanteur soufflent de concert, comme pour ne pas en finir et demeurer toujours.

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-  À voir et écouter : "Open Up Your Door"

Fiction Records - 2009
Producteur : Dave McCracken

1. Stellify 2. Crowning Of The Poor 3. Just Like You 4. In The Year 2525 5. Always Remember Me 6. Vanity Kills 7. For The Glory 8. Marathon Man 9. Own Brain 10. Laugh Now 11. By All Means Necessary 12. So High
Ian Brown - My Way
article écrit par Paul-Ramone, le 28 décembre 2009

Alors que le séminal premier album des Stone Roses fête ses vingt ans d’emprise sur la brit pop, son célèbre chanteur sort son sixième album solo, enfin convaincant. Il était temps ! Rappel des faits : la même année que la dissolution du mur de Berlin, un album enregistré par quatre purs produits working class de Manchester parvenait à faire exploser les barrières de la pop en révélant un son psychédélique et dansant novateur. Mais la révolution Rose(s) fut hélas de courte durée, deux albums et puis la fierté de la Couronne britannique s’en est allée. La carrière solo de Ian Brown n’a quant à elle jamais vraiment suscité de passion de ce côté-ci de la Manche. Bien conscient qu’il ne retrouvera jamais un guitariste de la trempe de John Squire, Ian Brown s’est très vite orienté vers des sonorités synthétiques perpétuant sans éclair de génie l’esprit Madchester dont il fut la figure charismatique. Contre toute attente, cette seconde bouture avec le producteur Dave McCracken (dEUS, Depeche Mode) prend bel et bien. My Way contient une bonne moitié de morceaux mémorables, dont deux véritables tueries. Après une mise en bouche lorgnant vers les rythmes club Rn’B mi-figue (le poussif “Crowning Of The Poor”) mi-raisin (l’efficace single “Stellify”), la véritable bombe est logée à la troisième plage : “Just Like You”, un beat assaillant, des trompettes victorieuses et le flow intrépide du King Monkey totalement jubilatoire. Deuxième vertige, “Always Remember Me”, une ballade atmosphérique co-écrite avec le musicien japonais Naoto Hiroyama (Orange Orange) sur laquelle son chant pris en apesanteur ne nous avait pas fait frissonner ainsi depuis... Autre choix de bon aloi, une reprise fidèle du chef-d’œuvre hispanisant de Zager & Evans ("In The Year 2525″) qui ne manque pas d’épices. Certes, My Way contient aussi son lot de tentatives vaines, comme ce “Marathon Man” très nineties qui nous ferait presque regretter de ne pas se faire arracher une molaire plutôt que de subir ça. Mais s’il y a bien quelque chose qu’on ne peut enlever au grand Brun, c’est sa gouaille qui a conservé intacte toute sa jeunesse et sa belle désinvolture. Il n’y a pas de secret si l’homme a survécu à Oasis, The Charlatans, The Music et bien d’autres...

-  Site officiel

-  Voir et écouter "Just Like You" :

Firehouse 12/Orkhêstra - 2009

CD1 : 1. Motorcycle ’66 : Reflections And Ruminations 2. Slivers : Sand Dance For Sophia 3. Phrygian II 4. Adagio : Slow Mauve Scribblings
CD2 : 1. Allusions I 2. Tapestries 3. Durations Of Permanence 4. Innocenenza
DVD : Bill Dixon : Going to the Centre
Bill Dixon - Tapestries for Small Orchestra
article écrit par Fabrice Fuentes, le 24 décembre 2009

L’année dernière, le vétéran Bill Dixon (83 ans) revenait aux avant-postes de la scène free jazz avec deux albums qui ne manquèrent pas de faire parler d’eux : l’impétueux Bill Dixon with Exploding Star Orchestra et, surtout, 17 Musicians in Search of a Sound : Darfour, immense disque dont Tapestries for Small Orchestra constitue, à présent, moins le prolongement, voire l’aboutissement, qu’une sorte de percée souterraine à l’esthétique étroitement intriquée. Avec un « petit orchestre » à dominante de cuivres — dont la plupart des musiciens étaient déjà présents sur Darfour — qui comprend quatre cornettistes/trompettistes (Taylor Ho Bynum, Graham Haynes, Stephen Haynes et Rob Mazurek), un clarinettiste (Michel Côté), un violoncelliste (Glynis Lomon), un contrebassiste (Ken Filiano) et un vibraphoniste/percussionniste (Warren Smith), Bill Dixon élabore un univers de l’ordre de la rumination. Murmures diffus, grouillements mystérieux, couinements inquiétants, lent écoulement de sonorités étouffées ou saillantes, ensevelissement de timbres accidentés aux échos mourants, chaque pièce de Tapestries for Small Orchestra procède par accumulation ou évidemment de textures mouvantes et élastiques. Dans un tel contexte, les notions de temps et d’espace s’avèrent déterminantes : la dilatation de la durée permet aux compositions expansives de se propager et de se disséminer, quand le jeu sur les reliefs (contrepoints, saccades rythmiques, touches électroniques) et le recours à un minimalisme instrumental riche de multiples nuances tiennent d’une architecture tout en volumes évanescents et profondeurs insondables. Au fil des huit plages épiques — réparties sur deux CDs — se construit ainsi une sombre fresque sonore à l’épaisseur sensible et aux contours abstraits, un lieu d’effroi qui est aussi un lieu de mémoire (le free de l’AACM y dialogue avec l’écriture avant-gardiste de Charles Ives) et d’empreintes (à l’instar du sable, cette musique semble laisser de traces ou en adopter la forme). Un arrière-monde tapissé de sons magnifiquement tramés d’où sourd l’ultime symphonie d’une époque en perdition. Magistral.

-  Le site de Firehouse 12
-  Le site de Orkhêstra

-  En écoute : "Allusions I"

Fario - 2009

1. 35° 40’ N 139° 42’ E (Hour One) 2. 43° 42’ N 7° 16’ E (Hour Two) 3. 45° 26’ N 12° 20’ E (Hour Three) 4. 28° 41’ N 17° 45’ W (Hour Four) 5. 41° 53’ N 12° 29’ E (Hour Five) 6. 33° 31’ N 36° 19’ E (Hour Six) 7. 48° 52’ N 2° 21’ E (Hour Seven) 8. 30° 3’ N 31° 14’ E (Hour Eight) 9. 78° 54’ N 18° 1’ E (Hour Nine) 10. 31° 46’ N 35° 13’ E (Hour Ten) 11. 42° 7’ N 19° 6’ E (Hour Eleven) 12. 41° 24’ N 2° 10’ E (Hour Twelve)
Thomas Köner - La Barca
article écrit par Umut Ungan, le 23 décembre 2009

Le voile se lève et on peine à croire qu’il s’agit d’un jeu. Un jeu sans règle certainement, mais avec quelques points de repères tout de même, comme l’indication des heures, accompagnées des coordonnées géographiques pour chaque sentier qui mène à l’indéterminé. Si on rêve éveillé, c’est en étant bercé par les bruits de différents lieux, les sons de différentes langues. C’est un monde d’ailleurs, dissemblable, qui ouvre sur une durée incertaine. Il se veut rassurant, inspirant la sérénité longtemps convoitée par tout homme : participer à la genèse des choses, d’une humanité depuis — trop — longtemps endormie. Etre là, tout simplement, revivre le mystère et le laisser comme tel. Donc point de révélation, mais un éclat qui laisse entrevoir la profondeur du puits de l’existence. C’est la source des possibles, un point de départ pour chacun qui se voit invité à écrire sa propre fiction dont la fin est vouée à demeurer un abîme ouvert. La Barca de Thomas Köner est cette histoire étouffée, avortée, mais elle est surtout celle d’une errance commune : « tous, nous sommes entraînés vers les mêmes lieux. Tous, nous avons notre destinée agitée dans l’urne et, un peu plus tôt, un peu plus tard, elle en sera tirée, pour nous imposer la traversée dans la barque de l’éternel exil » (Horace).

-  Le site de Thomas Köner

-  Extrait de l’installation La Barca

Palilalia - 2009

A1. Lip Rich A2. Sad News From Korea A3. Pocket Underground A4. Too Late To Fly B1. My Reckless Parts B2. Street Peaches B3. A New Way To Pay Old Debts B4. Cold Ground
Bill Orcutt - A New Way To Pay Old Debts
article écrit par Fabrice Fuentes, le 21 décembre 2009

Pour son second album solo, le guitariste émérite Bill Orcutt ouvre une brèche temporelle qui le conduit à dialoguer avec ses fantômes tout en revenant à la source transgressive de son art. Sur A New Way To Pay Old Debts, le co-fondateur — avec la batteuse et chanteuse Adris Hoyos — du groupe de punk hardcore Harry Pussy délaisse en effet les stridences noisy sous amphétamines pour une musique primitive du meilleur aloi. Un blues originel, urbain et frénétique, joué sur une guitare acoustique Kay à quatre cordes, au son métallique atypique, qui emprunte autant aux réflexes séminaux d’un Lightnin Hopkins qu’à la rudesse improvisée d’un Derek Bailey. D’emblée, l’oreille est saisie par ces sonorités rêches et abrasives, voire quasi percussives (“My Reckless Parts” ou “Lip Rich” qui convoquent les martèlements pianistiques et incantatoires de Cecil Taylor), venues dont ne sait où — d’un crâne en proie aux tempêtes de l’esprit sans doute, des tripes sûrement —, par ce flot de notes inquiètes, cette véhémence de tous les instants seulement tempérée par quelques ralentissements opportuns de cadence. Enregistrée dans la cuisine du musicien à Oakland, Californie, enrichie d’une rumeur de fond lo-fi (bruits divers et variés d’une rue environnante, sonnerie de téléphone, sirène de véhicule, craquements de chaise, grognements emportés de l’intéressé), les huit morceaux entendus ici revêtent une dimension archaïque proprement inouïe, évoluent sur une crête sonore qui ouvre des crevasses, provoque des séismes, conjugue le désir paroxystique à l’urgence. Soit une matière à vif arrachée à l’instrument, tels des sursauts de vie discontinus, qui porte en elle la trace d’un danger latent, d’une extase aussi. Remous d’un temps qui fuit sous les doigts à mesure que le guitariste en célèbre la sauvage présence, le passage. A New Way To Pay Old Debts tient de l’aube et du crépuscule à la fois. Il rejoue l’origine et l’ultime saisie du chaos (en soi) via un sidérant geste de mise au monde.

-  Le site de Palilalia

-  En écoute : "My Reckless Parts"

Discograph/Fantastic Plastic - 2009

1. Suburban Mourning 2. Peter Hammill 3. Klaus Kinski 4. Love Letter To London 5. Wot A Rotter 6. Our Man In Buenos Aries 7. Russian Futurists Black Out The Sun 8. English Southern Man 9. White Honky Afro 10. 21st Century Man
Luke Haines - 21 st Century Man
article écrit par Paul-Ramone, le 18 décembre 2009

Luke Haines, ce génie incompris. Trop doué, trop lettré, trop instable et sabordeur de première (il a volontairement cassé son magnifique joujou The Auteurs sur l’ultime How I Learned to love The Bootboys)... Le « génie » qui s’est autoproclamé de la sorte sur son best of The Genius of Luke Haines — et inversement s’est aussi déclaré « mort » sur une de ses compositions — se plait à scandaliser le puritain avec son verbe transgressif. Après des années 90 où le cerveau de The Auteurs a récolté tous les honneurs, les années 2000, plus éparpillées, lui ont valu une carrière en dents de scie : quelques réussites d’abord avec l’electro pop sophistiquée de Black Box Recorder, et puis deux albums pour son propre compte (incluant une BO), échecs commerciaux patents. Fatigué par son image d’intellectuel, il déroute une partie de son public avec l’usage des synthétiseurs tellement à la limite du grotesque qu’ils en deviennent malsains. Pourtant, ce parti pris rentrait en adéquation avec son talent de conteur social grinçant et exceptionnel, érudit en matière d’histoire et de culture souterraine. Certainement en demandait-il trop aux amateurs de brit pop. Mais en cette fin de décennie, 21 st Century Man, son troisième opus solo le replace en phase avec son temps. Le champion du name dropping (Peter Hammill, Klaus Kinski, David Bowie, John Lydon pour les plus évidents cités) nous refait la court avec de belles mélodies synthétiques tordues, des guitares T Rexiennes en diable (“Wot a Rotter”, “Peter Hammill”...) et le grand retour des archets aristos sur “21 st Century Man” et “English Southern Man”, somptueuses ballades enlevées. 21 st Century Man est aussi ambitieux que son titre le laisse entendre, une écoute attentive est une fois de plus nécessaire pour saisir toutes les riches nuances et autres subtilités subversives de l’art de Sir Haines. Sur "Klaus Kinski", l’une de ses plus belles excentricités pop sur l’album, il invoque la colère éternelle du comédien germanique, revenu de la mort pour punir la bêtise humaine. Programme attrayant.

NB : 21st Century Man est également disponible en édition "limitée" avec un second album intitulé Achtung Mutha, contenant plus de 20 minutes de musique.

-  Site officiel

-  Voir et écouter le morceau "21st Century Man" :


1. Rock’n’Roll Psychosis 2. Big Hunk O’ Love 3. Cement Mixer 4. Good Golly Miss Molly 5. Princess & the Frog 6. Freak of Nature 7. Burning Your House Down 8. Elemental
The Jim Jones Revue - Here To Save Your Soul
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 17 décembre 2009

Nous vantions il y a peu les méthodes peu orthodoxes de sulfureux dentistes pour soigner les rages de dents. Et parmi ces quelques terroristes sonores, nous avions porté notre attention sur une bande de fous furieux anglais pour qui le rock’n’roll se conjugue au passé et qui vire tout ce qui pourrit le présent. Il en est ainsi de Jim Jones et de sa bande de brutes qui refourguent une vision pour le moins ultime du boogie des 50’s. Non pas en se complaisant dans une relecture passive et respectueuse, mais en amenant cette musique exactement là où ses créateurs auraient pu le faire s’ils avaient eu les moyens d’aujourd’hui. En clair, ce combo y joue un rock’n’roll jusqu’au boutiste. Et là, ça dégomme sévère, les pneus font rarement plus de deux tours complets, déchirés par le goudron. Ceux qui se seraient laissés tenter par l’album éponyme de 2008 se contenteront de se voir arracher les dernières résistantes buccales. Quant aux autres, il faut les prévenir que Here To Save Your Soul a le mérite d’aller droit au but, excellente entrée en matière qui réunit les huit premiers singles du groupe, tous aussi furibards et démoniaques les uns que les autres. Car pas de doute, on a beau avoir été échaudé une première fois, on prend toujours un pied monstrueux à se faire déchirer le tympan avec cette saturation extrême, ces éructations infernales et ces guitares, comment dire, tueuses... Masochisme ? Ouais, sûrement. Mais difficile de faire autrement avec un tel bain de brutalité primaire et décomplexée. A une époque où tout va si vite, il est en effet parfois bon de se replier sur ce qu’il y a de plus “Elemental”. Adieu veaux, vaches, cochons, personnellement, j’y retourne...

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-  A déguster, “Elemental” :

Buda Musique - 2009

1. Coupes et découpes 2. Elision 3. Interlude rituel 4. Almost 5. Soleil bleu 6. La tour de Babel 7. Au-dedans du sang 8. East west 9. Interlude rituel 10. Calamity jane 11. Alfonsina y el mar 12. Soleil rouge 13. Road song 14. Interlude rituel 15. Ritournecelle 16. Petite Juliette 17. Don’t explain
Didier Petit - Don’t Explain (3 faces)
article écrit par Fabrice Fuentes, le 15 décembre 2009

D’abord, il y a l’instrument, un violoncelle, avec lequel composer, c’est-à-dire non pas faire avec, mais s’accorder. Chair vibrante, à la fois dedans et au dehors, et cordes mêlées. Ensuite, le musicien, Didier Petit. Tout le contraire d’un virtuose à la petite semaine. Avant tout un homme qui écoute, réserve ses gestes, pèse ses notes, se concentre, se dissipe, explose, s’absente ailleurs, revient ici. Un musicien puisant dans la profondeur de son vis-à-vis fétiche la matière même d’une musique qui ne s’explique pas. Une musique de là-bas, d’Orient, d’Asie et de Minneapolis (cette ville où a été enregistré le disque en février 2009), une musique de chez nous, de partout et nulle part, « brutale comme un diamant, radicale comme la naissance, unique comme chacun de nous est multiple ». Et cette dernière de se dévoiler sous trois faces qui raisonnent aussitôt avec trois autres, celles qui, déjà, en 2001, avaient dessiné les contours d’une magnifique Déviation obtenue dans d’identiques conditions. Trois faces pour un seul homme, et une myriade de sons échappés de cette « pratique païenne » étourdissante, de ce corps à corps avec son homologue tout de bois vêtu, tantôt frotté, frappé, chanté, enserré, relâché. Trois faces pour s’entendre et s’affronter, ouvrir des espaces comme des entrailles, scruter le danger de se perdre, éprouver la joie de se retrouver. « Parce qu’il faut toujours essayer de jouer ce que l’on ne sait pas jouer ». Biaiser sa stature, perturber les sens, détourner in fine ces corps qui se savent jouer. Trois faces improvisées du bout desquelles s’agitent des fantômes, résonne, inaltérable, le chant de Billie Holiday lors d’un ultime pas de deux. Une danse à trois, avec style. Juste sublime.

-  Le site de Buda Musique

-  A écouter : "La tour Babel"

Kranky - 2009

1. There Can Be No Thought of Finishing 2. For “Aiming at the Stars” 3. Both Literally and Figuratively 4. Is a Problem to Occupy Generations 5. So That No Matter 6. How Much Progress One Makes 7. There Is Always the Thrill of Just Beginning 8. Dr. Robert Goddard 9. In a Letter to H.G. Wells, 1932
Pan•American - White Bird Release
article écrit par Umut Ungan, le 14 décembre 2009

Même si on a souvent pensé que les albums de Mark Nelson évoluent dans une relative homogénéité, il n’en reste pas moins que le musicien américain, guitariste du Labradford, groupe depuis très longtemps silencieux, expose sa sensibilité sous différentes formes qui oscillent entre un songwriting léger et décors ambient. Or si ce battement présente en partie l’histoire de ses paysages sonores depuis maintenant une dizaine d’années, White Bird Release apparaît comme un mélange de toutes les voies que le musicien a exploitées auparavant. Le dernier opus possède à la fois la quiétude frappante de Quiet City (2004) — comme par exemple sur “There Can Be No Thought of Finishing” lors de l’ouverture —, et l’aspect organique du For Waiting for Chasing (2006), tout en exposant un équilibre rare, bercé par des palpitations profondes (“How Much Progress One Makes”, “In a Letter to H.G Wells, 1932”). Si la plupart des morceaux se déploient dans un minimalisme usuel, l’intensité y apparaît comme un élément central : entre l’apparition et la disparition, la faiblesse et la puissance, l’horizon sonore se place toujours dans une dynamique à la fois expansive et pénétrante. White Bird Release est un mouvement discret, possédant une élégance dépouillée et fulgurante.

-  La page de Pan•American sur le label Kranky

-  En écoute : “There Can Be No Thought of Finishing”

Roy Music/EMI - 2009

1. Introduction 2. Iron Jack 3. La boite de Pandore 4. La grande illusion 5. Ranieri - vs Freeman 6. Au delà des projecteurs 7. Wells Fargo, fin de journée 8. Cavale 9. San Quentin 10. Errance 11. King Catsaway 12. Epilogue 13. Le rêve américain
Boulbar - Requiem Pour Un Champion
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 11 décembre 2009

Selon un concept désormais connu, le chanteur Boulbar évoque sur son deuxième album la rencontre (imaginaire ?) avec Jack Ranieri, ancienne prétendue gloire de la boxe américaine qui a fini sa carrière sur un malheureux casse d’une succursale de la Wells Fargo. Cette histoire, racontée par la BD signée Vincent Gravé dans une version plus luxueuse, a logiquement tout d’un conte que le chanteur s’empresse de mettre en musique. Oscillant sans vergogne dans l’univers musical américain des années 60, Boulbar livre 13 titres comme autant d’étapes dans cette vie plus que compliquée du champion coupé dans son élan. Accompagné d’illustres musiciens — dont J.M. Pires à la batterie, Jerry Edwards au trombone ou Marc Sens à la guitare —, le chanteur offre un vrai pot pourri en se faisant un plaisir total. Il a jeté dans ce projet toutes ses forces et rend de plus hommage, non seulement à un sportif brisé, mais aussi à toute une époque, un style archi-revisité mais ici encensé avec une classe certaine. Certes, le français se marie assez mal avec cette musique tellement connotée, mais le chant louvoyant de l’artiste permet de passer outre ce décalage, voire cet anachronisme appuyé, par une production parfois trop lisse. Demeurent des textes narratifs parfaitement explicites, écrits tel un polar en rimes, n’évitant aucun poncif (la superbe égérie qui fait perdre la tête au dur à cuire) mais se livrant avec un bonheur que rien ne pourra altérer à son plus vieux rêve. Alors même si l’effet n’est pas forcément aussi fort qu’espéré, on goûte sans problème ses orchestrations parfaitement maîtrisées, et on se laisse porter par cette histoire que l’on a déjà entendue cent fois mais qui fonctionne toujours autant. A l’occasion, certains titres crèvent même le plafond tant on s’y voit — “Ranieri - vs - Freeman”, qui raconte le combat de trop avec une émotion crue, ou la bien nommée “San Quentin”. Et d’apprécier finalement ce happy end inattendu, avec un rebondissement comme seul le mythe américain sait en créer. Un exercice de style plus touchant que renversant, mais qui a au moins le mérite de sortir un peu du lot des disques récitatifs. Bel effort.

-  Le site de Boulbar

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