Puisant son inspiration chez les Clash et les sonorités en provenance de la Jamaïque, La Phaze réveille le hip hop/drum & bass made in France. Avec succès.


Ne vous fiez surtout pas à cette pochette cradingue. Le hip hop jungle alternatif français a trouvé en La Phaze (à prononcer à l’anglaise) un digne représentant, marchant sur les plates-bandes d’Asian Dub Foundation, et ce en divers aspects. Musicalement d’abord et surtout : un bon mélange de Dub, de Drum & Bass et de punk, sur un fond politique engagé qui ne se gêne pas pour critiquer le système, se faisant le porte-parole – intelligent – de toute une frange de la société des délaissés, ou, plutôt, pour paraphraser d’aucuns, de la « France d’en bas », celle née de la « fracture sociale ». Aucun thème n’est oublié, de l’Irak jusqu’à la télé poubelle qu’est la télé réalité. Altermondialistes convaincus, ils n’hésitent pas à manifester et à en être lors des rassemblements qui comptent. C’est à celui de Larzac qu’ils ont pu lier connaissance avec Manu Chao, et faire une tournée en ce début 2005 avec lui au Brésil, à l’occasion du Forum social de Porte Alegre. Comme premier nom dans son carnet d’adresse et sur son CV, c’est déjà un beau coup.

Tout a commencé en tant que duo : Arnaud de HINT (guitare-cuivres) et DAMNY Baluteau (claviers-machines et chant) sont originaires de Nantes. Ils créent La Phaze en 1999, et sont rejoints par DJ MOUF aux platines en 2000. Très vite, ils se construisent une belle réputation scénique. L’album Pungle Roads leur ouvre pas mal de portes, dont celles du label Small Axe, et aujourd’hui celles de Because Music. Après 6 ans, pour Fin de Cycle, on n’a pas lésiné sur les moyens, puisque c’est Ian Grimble (Manic Street Preachers, Red Hot Chili Peppers) qui se trouve derrière les manettes. Le son s’en ressent d’ailleurs : le disque a bénéficié d’une production nickel.

Dès « Pasderé[email protected] », le décor est planté : nous sommes ici dans le monde de la nuit, des mix et des cratch, mais on y a invité aussi quelques guitares (qui sont tout au long du CD très présentes, en riffs punks mais aussi en soli mélodieux comme sur « Assaut Final »). « Nouveau défi », sur des rythmes drum & bass très made in UK (lire très Roni Size et Jonny L), montre bien que le hip hop est le médium préféré pour déblatérer sa colère et ses opinions. « Assaut Final » (dont le refrain rappelle Raggasonic), « Dangerous Dub », « Developpement durable (pour chômeurs de longue durée) » : un coup d’oeil sur l’intitulé des chansons est on ne peut plus explicite sur le contenu et le contenant. L’anglais est aussi présent (tout comme leur site) sur plusieurs titres. Enfin, l’arabe (tout comme le paki sous d’autres latitudes) vient faire une embardée sur « dangerous dub » (l’un des sommets de Fin de cycle) afin de joindre la parole au geste : ouverture des esprits avant tout, dans un monde vu comme hostile (« la bande à Sarko et le Medef » ne récoltent pas beaucoup de sympathie ici…). Les invités sur ce titre ne sont autres que Mouss et Hakim, du groupe Zebda. On pense à Rachid Taha et son punk-rock épicé (c’est bien lui qui a repris « Radio Casbah » des Clash non?). Voilà donc que la boucle est bouclée.

On imagine, au gré des titres qui défilent, un public parsemé de dreadlocks fumant des joints et de jeunes sauvageons s’en donnant à coeur joie de pogo. Tout ce qu’il nous fallait pour l’été des festivals en somme.

Le site de La Phaze