En attendant la renaissance de Daniel Johnston pour le début de l’année prochaine avec un album ambitieux intitulé Lost and Found, on savourera la compilation Discovered Covered soigneusement orchestré. Deux disques qui mêlent les reprises de la crème de la scène rock anglo-saxonne aux originaux.


« Artiste pitoyable » en signe d’épitaphe peut-on lire sur la pochette de Discovered Covered. Si les effets de la folie sur son oeuvre reste encore un mystère, ce dont nous sommes sûr, c’est que Daniel Johnston a beaucoup d’humour. Conscient de son talent limité de musicien et de chanteur, il s’en amuse et comme un gosse à l’innocence préservée de la vilenie du monde des adultes propose une oeuvre soit imparfaite mais pure. Même si nos oreilles d’auditeurs sont quelques fois maltraitées par ces chansons aux interprétations approximatives, il reste néanmoins le coeur et la sincérité avec lesquels elles sont jouées.

Dégagé des exigences commerciales, Daniel Johnston joue peut-être des compositions bancales mais avec une franchise et une ingénuité d’ailleurs pas si candide que ça (à ne rater sous aucun prétexte les dessins livrés en bonus multimédia qui font réfléchir sur le vrai état mental de son auteur et sa vision de la société très avertie à l’image de ses textes pas si naïfs qu’on voudrait nous faire croire) qui fait plaisir à entendre, surtout de nos jours où l’authenticité de certains musiciens est plus à chercher dans une démarche mercantile qu’artistique…

Ce fou chantant, en bon patient psychanalysé reconnaît les répercussions positives que la musique a sur son état psychique mais réalise-t-il à quel point il est devenu une influence majeure pour un pan de songwriters majoritairement américains. Ainsi des musiciens comme Beck, Gordon Gano, Conor Oberst, Death Cab For Cutie, Vic Chesnutt, Tom Waits, Eels (…) paient leur tribu sur cet album hommage. Tous reconnaissant de l’apport de Daniel Johnston dans leur musique, pas moins de dix huit artistes ont répondu présent à ce tribute orchestré par Sonic Youth (d’ailleurs mystérieusement absent de la compilation) et Mark Linkous de Sparklehorse.

La qualité de ce disque ne repose pas que sur les reprises remarquablement interprétées mais aussi sur la chouette idée d’avoir réuni les originaux sur un deuxième cd. De cette façon et pour les plus fous d’entre nous en jouant les deux disques en même temps on peut se rendre compte combien les covers sont réussis. Pour les moins agités du bocal, l’écoute séparée de chaque disque permettra de découvrir avec quelle magnificence chaque groupe s’est accaparé les chansons de Johnston pour leurs apporter une touche personnelle. De même l’innocence associée avec un brin de malice avec laquelle chante Daniel Johnston résonnera à coup sûr comme un écho communicatif aux heureux acquéreurs du cd et peut être donnera des envies de chanter à tue tête même faux dans votre chambre.

La réussite de ce tribute repose sur des relectures impeccables qui transcendent les originaux à mille lieux des versions fades ou sans véritable âme habituellement proposées dans ce genre de compilation. Chaque interprète livre une représentation personnelle et nous impressionne tant les reprises se confondent avec leur oeuvre, le tout sans trop trahir la pensée du compositeur. De ces moments magiques on retiendra la version de « go » par Sparklehorse épaulé par les Flaming Lips, « King Kong » par Tom Waits, « True love will find you in the end » par Beck (nettement plus touchant que sur ces derniers accouchements), « Rock this town » et son clip attachant par Daniel Johnston en avant goût de son prochain album Lost and Found parmi les autres perles du disque.

Alors que la pochette de Discovered Covered montre la pierre tombale de Daniel Johnston, on peut l’affirmer Johnston a enterré ses rêves de mauvais musiciens, place aujourd’hui à une renaissance d’artiste de talent reconnu par la crème du rock indé anglo-saxon venue en nombre l’acclamer. On ne saura jamais combien la folie a de vertu enchanteresse pour tous les musiciens qui la pratique. Aussi, on comprend mieux pourquoi Nietzsche disait qu' »il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse ».

-le site de Daniel Johnston