Tour d’horizon rapide et sélectif de l’actualité francophone. Au menu JL Murat, Fred Poulet, François Audrain, Milo, Coralie Clément, Fulbert, Snooze et Rubin Steiner. Festin garanti!


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Jean-Louis Murat – Mockba / Labels

Alors que le salon du livre de Paris metait à l’honneur dans sa dernière édition la littérature russe, Jean-Louis Murat contribue aussi à la saluer. On connaissait le goût de l’auvergnat pour le mot juste, se plongeant dans les racines latines et grecques pour y trouver le sens approprié, en bon lettré qu’il est, il se passionne désormais pour la langue slave et notamment pour l’oeuvre d’Alexandre Pouchkine.

D’influences russes, son nouvel album, Mockba/Moscou, fait aussi une incursion dans la poésie de Jean-Pierre de Béranger, dont les chansons sentimentales connurent un immense succès à l’époque. Son attirance pour les compositions teintées de mélancolie pousse une nouvelle fois Murat à mettre en musique des textes de ses auteurs élus. Ainsi, « La Bacchante », « La fille du fossoyeur » et « Jeanne la rousse » se parent d’arrangements musicaux poignants. Fidèle à ses amis musiciens, il reconduit un line-up déjà bien éprouvé (Fred Jimenez à la basse, Stéphane Reynaud à la batterie, Camille pour un duo sur « L’amour et les Etats-Unis », Marie-Jeanne Séréro et le Tindersticks Dickon Hinchliffe pour servir des cordes magnifiquement instrumentées dont le titre qui ouvre l’album, « La fille du capitaine », d’une beauté à couper le souffle). Parallèlement à cette équipe, une collaboration inédite voit Carla Bruni prêter sa voix lascive sur un duo tout en sensualité « Ce que tu désires ».

Même si l’album fait la part belle aux orchestrations langoureuses, il s’octroie quelques pauses dans le blues électrique qui lui est si cher, vous savez celui qui est joué avec les tripes, sur le titre « Winter » et dans un country folk sybarite sur « Nixon ».

Toujours autant prolifique, JL Murat peut irriter ou passionner par son enthousiasme et son inspiration débordante, laissant derrière lui une oeuvre foisonnante d’une intensité rare pratiquement sans fausse note. Et le bougre n’est pas prêt de s’arrêter et ce pour notre plus grand plaisir puisque de nombreux projets sont déjà bouclés comme celui d’un poème de mille vers accompagné de sa bande son, 1451 – 1829, qui sortira en mai prochain dont un extrait fantôme est ici présenté, quoique d’ores et déjà disponible sur son site internet.

-Le site de Jean-Louis Murat

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François Audrain – Chambres lointaines / Tôt ou tard

Moins productif mais tout aussi cultivé, François Audrain ne nous avait pas donné de nouvelles depuis son premier album Détachée. Chose faite avec la parution il y a quelques temps de Chambres lointaines qui comme son prédécesseur s’immisce côté textes dans l’univers du cinéma de la nouvelle vague, des histoires d’une vie quotidienne, mais côté musique s’affirme dans un style plus prononcé, où l’électronique a été délaissée au profit d’arrangements de cordes et trompette tout en douceur. Elaborant des textures mélodiques soignées qui rappellent celles de Daho, un même phrasé dans le chant, une même exigence pour des chansons mêlant intimité et beauté orchestrale, le professeur d’histoire-géographie affine son écriture musicale et construit avec des titres comme « De l’or et des armes », « Chronique américaine » ou « La légende » une oeuvre inspirée et singulière.

-Le site de Tôt ou Tard

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Fred Poulet – Milan Athletic Club / Bleu Electric

Fred Poulet témoigne une nouvelle fois avec l’album Milan Athletic Club de son attachement à une musique affranchie qui exige bravoure et don de soi. De disque en disque, l’auteur s’acharne avec toujours autant de passion à retrouver une lumière, des couleurs que sa mémoire a saisie en toute humilité. De ce voyage en Lombardie, le musicien revient avec un projet abouti composé d’une collection de chansons exigeantes. Cet album réconciliera les amateurs de vertige et de mélodies pénétrantes. Au rayon chanson décalée, Fred Poulet est un de ces visages de France qui met de la diversité et des nuances dans une pop d’ici souvent avare en véritables révélations. Bien qu’artiste confirmé, son écriture reste boudée par quelques sourds décidément trop têtus pour cette chanson hirsute. Pourtant, jouissive et décalée la musique du français redonne une âme, un goût épicé à une chanson un peu trop fade. Ainsi, Milan comporte entre autres merveilles des titres époustouflants comme « Toute une vie » ou « Le mont Fuji » où la voix traînante du chanteur récite des mots pleins de poésie tendre.

Entouré élégamment d’amis talentueux, Fred Poulet a invité Sarah Murcia (voix du groupe Caroline, Dogbowl, Magic Malik Orchestra), Sébastien Martel (Las Ondas Marteles, Vercoquin), Rodolphe Burger (Kat Onoma) parmi tant d’autres pour élever sa musique à la hauteur de ses ambitions. Le morceau « Zeppelin » nage entre figures libres et imposées. On passe de mélodies des plus limpides aux sonorités les plus complexes à l’instar de « Ed l’épicier/Alice R. » qui fait chavirer la pop dans un free jazz convainquant. Le titre à l’image de l’album s’ouvre alors mille chemins de liberté et d’audace.

Fred Poulet est un artiste d’autant plus marquant que ses chansons ne se laissent ranger dans aucune catégorie précise. On les écoutera longtemps encore.

-Le site de Bleu Electric

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Milo – Milo / Naive

Amateur d’ambiances chaleureuses, Pierre Rougean souligne les affres du quotidien et le temps qui passe dans des textes d’une réalité bouleversante. Depuis Statics, son groupe originel, le toulousain continue son parcours musical aujourd’hui avec Corinne Louis en duo sous le nom de Milo. Sur leur premier album éponyme, l’ingénieur en écologie confectionne onze titres d’une luminosité éclatante et laisse l’interprétation de ses mots à sa muse. Son chant proche de celui d’une Valérie Leulliot, Julie B Bonnie ou d’une Armelle Pioline avec qui elle partage la mélancolie des mots, évoque aussi bien l’élégance des arrangements que les charmes et la fragilité des mélodies loin du minimalisme ou du simplisme d’une certaine variété française. Il faut écouter d’urgence des morceaux comme « 24 images », « Dans le coeur et dans le sang », « Toi contre moi » pour s’en convaincre. Héritier d’une pop rock classieuse et racée, Milo rivalise avec le meilleur de la chanson hexagonale. On souhaite à Pierre Rougean de connaître le même succès que d’autres compositeurs de la même trempe, un Dominique A ou un Biolay.

-Le site de Naive

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Coralie Clément – Bye Bye Beauté / Capitol

En parlant de ce dernier, son ombre plane sur le nouveau disque de sa soeur Coralie Clément. Composé pratiquement dans sa totalité sous la plume de Benjamin Biolay, Bye bye beauté est un nid douillet renfermant de mélodies pop aux arrangements soignés. Et malgré l’omniprésence du frangin, c’est le titre « Indécise », écrit par la jolie Coralie sur une musique de Daniel Lorca en vacances de Nada Surf, qui surpasse le reste de l’album et qui pourrait bien être le prochain tube radiophonique. En se détachant de la prise de son compositeur attitré, la timide chanteuse montre qu’elle sait lorsqu’elle sort de sa réserve concevoir des morceaux percutants. D’ailleurs, la plupart des chansons se parent d’atours sensuels, subtils et assez personnels pour ne pas craindre la concurrence de la génération féminine montante. Ainsi, « Kids (jeu du foulard) », « L’enfer », ou « Ta révérence » se laissent doucement et remarquablement emportés par la voix câline de leur interprète qui devrait avec ce disque imposer son nom et s’offrir une virée au soleil printanier.

-Le site de Coralie Clément

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Fulbert – Les anges à la sieste / La grange à disques

Sur les cendres encore brûlantes des agitateurs Tue Loup et Sloy, Fulbert y construit sa toile. Plus proche des ambiances des sarthois que des implosions hardcore du trio héraultais, ce nouveau groupe, emmené par Xavier Plumas, François Chevallier et Cyril Bilbeaud, signé sur l’exemplaire label La grange à disques a positionné son travail de composition sur une association entre le jeu des musiciens et l’alchimie qui en découlait. Proche d’une mise en scène sobre ou une mise en lumière feutrée d’ambiances sonores, les chansons de l’album Les anges à la sieste sont habillées d’un clair-obscur qui renforce l’intimité dans laquelle elles ont été jouées. La liberté d’interprétation a été de plus privilégiée pour que le décor musical enveloppe les textes sans en dénaturer leur portée. Les mots sont effleurés par un chant posé, mesuré où les paroles de Xavier Plumas ont trouvé un nouveau souffle dans la voix de Marie Lenfant qui marque de son empreinte vocale des duos chargés de sensualité (« A pied », « La chanson de Cahors »). Tourné vers des paysages ruraux où l’on prend le temps de peser chaque moment de la vie, l’écriture semble se soustraire à ces moments entre apaisement, bonheur et manque. Ainsi les titres « Sur le capot », « Sur l’asphalte » ou « Doucement » rythmés par un piano aux notes caressées répondent à la douce violence de « Ici-bas » ou « Les bovins ».

Le parti pris des arrangements dépouillés donne au disque une musicalité à la fois simple, inquiétante et distinguée où le souffle des instruments se fait ressentir, comme sur le « Words (between the lines of ages ») de Neil Young qui revêt une nouvelle peau encore plus déchirante que l’original.

À forte dominante sombre et tendue, Les anges à la sieste est contrairement à ce que voudrait laisser supposer le titre de l’album étranger au minimalisme de la chanson française atrophiée. Car de la vitalité, les membres de Fulbert en ont à revendre. Mais ici l’énergie est contenue, les tensions accumulées se libèrent dans les pauses, plus intenses qu’un cri de rage. On découvre alors des horizons jusque là rarement explorés. Ce disque est assurément notre coup de coeur.

-Le site de La grange à disques

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Snooze – Americana / Ostinato – Discograph

Entre des musiques pour danser et des compositions vaporeuses, Snooze a construit autour de son nouvel opus, Americana, un univers où se côtoie une électronique atmosphérique et une pop sautillante. On peut se perdre en chemin si on ne prête pas assez attention à la rigueur apportée par l’auteur pour installer une cohérence entre tous les morceaux. Car d’un titre chanté, on passe à un instrumental, d’une écriture classique à une plus expérimentale, d’une électronique austère à une chaleureuse. Et c’est dans cette façon de déstructurer les chansons que Snooze puise sa liberté de ton, son audace d’écriture, ses lignes mélodiques. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, effacer la lisibilité et l’apparente géométrie de la construction demande une certaine cohésion d’ensemble. Ainsi, les instrumentaux « The wave », « People are made of stone », « Broke » engendrent des sentiments qu’une voix volubile ne pourraient partager. Derrière cette devanture intimidante, on découvre alors un mélange fait de spontanéité et de savants collages sonores. En s’échappant d’un modèle traditionnel, le français Dominique Dalcan, connaissant trop bien les ficelles des chansons pop se concentre une nouvelle fois sur la fertilité des rythmes plutôt que sur les paroles. Et lorsqu’il instaure une dialectique entre le chant et les instruments, « Welcome to my seventeen », « White jazz », « So goes the night », une richesse harmonique se dégage de ces phrases musicales. On pressent que ce langage risque fort d’être adopté en masse.

-Le site de Snooze

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Rubin Steiner – Drum Major! / Platinium – BMG

Depuis son premier album, de nombreux partisans se sont nourris au propos de Rubin Steiner. En abattant les cloisons qui séparent les styles musicaux, Frédérick Landier creuse de nouveau avec Drum Major ! un tunnel pour déboucher sur une musique libre de tout carcan. Avec une pochette à la Sgt Pepper, le vendômois annonce une orgie sonore où Jurassic 5, Talking heads, Suicidal Tendencies et Paul Desmond se rencontrent. En bon mutant fureteur, notre homme compose un matelas de beats torrides dont les hédonistes et autres épicuriens apprécient le confort et le swing. Ainsi des morceaux comme « Your life is like a Tony Conrad concert », « Ten drummers back », « My own style », « Don’t try to copy your heroes », titres aux noms évocateurs, est à l’image de notre électron libre attachant, mystérieux et séduisant. Et au lieu de créer une musique à l’image de, le français greffe ses disques préférés et une fois génétiquement modifiés, il élabore un fascinant hybride dont l’auditeur ne s’en remet pas complètement. Il paraît qu’on arrache les champs de maïs au son de Drum Major !

-Le site de Rubin Steiner