Après douze ans d’activité au sein des Tindersticks plus quelques autres au service d’Asphalt Ribbons, Stuart Staples passe le cap du premier album solo. Un disque à la sobriété musicale époustouflante qui sonde les affres de l’intime .


Sur le micro label Lucky Dog Recordings qui n’en est qu’à sa troisième référence, Stuart Staples publie ces jours-ci son premier album solo. Après avoir prêté sa voix sur diverses collaborations, avec Les Hurleurs, The Walkabouts, Yann Tiersen récemment, l’escapade solitaire du chanteur des Tindersticks a enfin lieu. Pourtant, bien que cet album porte un seul nom, il est le fruit du travail d’une équipe complice depuis plusieurs années. Mis à part le fait que Staples signe la totalité des compositions, il a fait appel à deux de ses acolytes David Boulter pour les claviers et Neil Fraser pour les parties de guitares. S’entourant de quelques pièces maîtresses du groupe de Nottingham, l’anglais s’est aussi adjoint les services des fidèles Terry Edwards côté cuivre et de Ian Caple en charge du son du disque.

La première écoute ne dépaysera pas les initiés. On retrouve comme chez les Tindersticks une même ligne de basse traversée d’une atmosphère mélancolique, un même goût pour les arrangements de cuivre et les choeurs féminins. Pourtant à s’y approcher de plus près on s’aperçoit rapidement que cet opus est l’occasion pour le chanteur de partager sa passion tant pour le swinging jazz des années cinquante que pour le folk des années soixante soixante-dix porté par des voix de femmes comme Sandy Denny ou Karen Dalton. En grattant encore un peu plus, on découvre que son penchant pour les scores de Quincy Jones et John Barry a fait son bonhomme de chemin.

Tout commence par une belle entrée en matière avec le titre « Somerset House » qui pose les bases de l’album et nous renvoie aux affections citées plus haut. En quatre minutes, chaque source d’inspiration se dessine clairement. Un piano au toucher léger se balance comme sur un fil au rythme des cordes vocales de Gina Foster. Puis entre en piste un saxophone ténor qui caresse les ondes avec sensualité. L’ambiance empreinte de nostalgie, et vaporeuse à souhait, accentue la moiteur du décor. Tout semble être en apesanteur lorsque le chant de Stuart se fait entendre et apporte l’éclat dont sa voix à forte évocation suscite. Sur « Marseilles Sunshine » il s’avance à pas feutrés à la rencontre de l’instant fragile «It comes a moment, Can you feel your heart beating?» susurre t-il.

Intercalés entre deux chansons aux charmes sibyllins, les titres « Say something now » et « Shame on you » offrent un contraste en clair-obscur avec une rythmique percutante entretenue par les fûts de Thomas Belhom et une guitare à l’électricité déliée. Puis on replonge avec « Friday night » dans cette retenue divisée entre gravité et volupté.

Passé les remarquables titres « People fall down » et « She don’t have to be good to me » aux accents très Tindersticks, le clou du spectacle repose sur « Dark days » qui est à mon avis la perle de l’album. Un dialogue contenu à la réminiscence douloureuse entre une guitare acoustique et une voix auxquels vient s’ajouter en coda le chant de Gina. Staples murmure des mots au spleen oppressant sur une musique réduite à sa seule nudité qu’il berce avec finesse et beauté.

Pour sa première production en tête d’affiche, Stuart Staples signe une oeuvre d’une grande tenue et aux compositions à la mélancolie émouvante. Une mise en scène sobre pour une fresque en état de grâce.

-Le site de Lucky Dog Recordings