Lorsque le turntablism décide de se faire le porte-parole du ghetto et de la rogne anti-Bush, ça donne un disque qui joint l’utile à l’agréable.


Il en a gros sur la patate le Rob Swift! Dans son livret, il s’en explique de manière exhaustive : qu’on l’ait empêché de poser sur la couverture de sa pochette avec un flingue le met en rogne quand il voit – il a raison sur ce point – le nombre d’affiches de cinéma où la pose est devenue légion, voire argument de vente. Bon, il oublie de dire aussi qu’en tant que rappeur, il peut être pris comme modèle par des petits djeuns énervés…Mais ne nous trompons pas, Rob Swift n’est pas un petit rappeur issu d’un gang. C’est un diplômé en Psychologie, érudit donc, qui est devenu maître dans l’art du scratch et du needle on the record.

Pour ceux qui ne connaissent pas – encore – Rob Swift, sachez qu’il s’agit de l’un des plus grands turntablist de l’histoire avec Mixmaster Mike. Ayant démarré au sein des X-Ecutioners, puis d’une carrière solo dont le premier album solo The Ablist est remarquable, cet habitué qui a fait ses armes dans les battles avec les X-Men fait partie des grands noms de la culture hip hop urbaine que le DJing et le turntablism ont réussi à investir. Enfin, il s’est illustré également en tant que producteur pour des artistes aussi divers que Bill Laswell, Cornershop ou Lords of Acid.

Originaire du Queens, de père DJ spécialisé dans la musique latine, Swift s’en est sorti grâce à son art. Révulsé cependant par l’état de son ghetto (« A ghetto poem »), il montre bien en le samplant que le discours de Malcolm X n’a pas pris une ride, que ce soit sur la condition noire en Amérique ou sur l’état du monde (un extrait démontre qu’il prévenait déjà, alors, de l’imminence du terrorisme anti-américain).

Une goutte a bien sûr fait déborder un vase déjà bien rempli et décidé notre turntablist de faire un album au titre aussi évocateur : c’est George W. Bush. La violence urbaine, la paupérisation des banlieues noires, la guerre en Irak : tout lui donne l’envie, comme le montre l’image sous le CD – à savoir juxtaposition de Bush et d’une batte de base-ball – de le frapper. Le DVD, quant à lui, est un succédané de copié collé de toutes les séquences qui ont fait l’histoire de l’Amérique depuis les attentats du 11 septembre 2001. Pour ceux qui cherchent des images à archiver sur cette période, ce DVD est pour vous!

Pour faire son CQFD, Rob Swift a choisi la bonne vieille méthode de la thèse-antithèse. Des interludes, nombreux, composés de discours du président néo-conservateur des USA pullulent à tout va. A tel point que l’on pourrait qualifier ce CD d’archive sonore capitale, voire de pièce à conviction, témoignage à charge d’un certain Dubya. L’avenir dira si ce fût le commencement ou la fin de quelque chose…

Ce pamphlet politique a aussi – surtout – un intérêt musical. Le funk, le jazz, la soul : on se fait vite une idée de la discothèque du bonhomme. D’abord, Rob Swift donne une belle leçon d’histoire, basée sur les faits – des discours – sur un fond musical hip hop de la plus grande qualité. On est pas loin de l’opus operandi d’un Public Enemy, proches donc dans les samples de la soul la plus dégoulinante et du jazz le plus old school (« piano for Condoleezza »), mais aussi de son engagement politique fort (« Vietnam? »). On lorgne également du côté de la mouvance jazzy du hip hop (A tribe called quest, The Herbaliser) sur « Terrorism » ou « Antoher friendly game of baseball…xtra innings » ou « Dream ». Le piano, la clarinette, l’orgue hammond, le saxo, la batterie jazz, plusieurs instruments viennent relever la sauce, et illustrent la grande culture musicale du gaillard. Les paroles de « A Ghetto Poem » sont peut-être les plus parlantes.

Enfin, ce disque ne serait rien sans l’apport de : DJ Quest, DJ Melo D et les MC’s Large Professor, Breez Evahflowin et Akinyele, Dave McMurray (Was not Was) au saxo et Bob James aux claviers. Du grand art!

Le site de Rob Swift