Donner l’impression de faire n’importe quoi en maitrisant parfaitement son sujet est tout un art: présentation des gentils excentriques de Being Dead.


Cinq ans. Il aura fallu cinq ans à Being Dead pour accoucher de son premier album, When Horses Would Run, et ainsi répéter, perfectionner, peaufiner, parfaire, jusqu’à l’épuisement, ce style si débraillé que l’album semble avoir été enregistré d’une traite dans le couloir de la Fac. Oui, c’est ce type qui passe une heure à se coiffer pour arriver parfaitement décoiffé a son rendez-vous. En roue libre, ils semblent dériver quelque part entre surf-music, dream-pop, et les huluberlus de Gong pour l’ambiance champêtre hallucinatoire. Sauf qu’a la différence de la bande de Daevid Allen, il ne s’agit pas d’un groupe de hippies virtuoses vivant en communauté les poils au vent sur une plage naturiste : Being Dead, originaire d’Austin, la ville hype du Texas, est un combo resserré, deux filles, un garçon, rasé, coiffé, looké.

Leurs armes ? la (fausse, donc) spontanéité, des mélodies à tomber, et un sens de l’humour surréaliste utilisé sans parcimonie. Impossible, par exemple, de savoir comment ils se sont rencontrés : dans un cirque en tant qu’acrobates ; lors d’un combat de catch au cours d’une convention sur les armes ; ou essayant de s’arrêter l’un l’autre avec chacun de faux badges de policiers – un doute subsiste sur chacune de leurs réponses. Leur musique est foutraque mais maitrisée, chaque titre semble imprévisible, dévoilant moultes harmonies jubilatoires. Ainsi « Muriel’s Big Day Off”, pop mid tempo avec ses voix qui s’entremêlent (une signature du groupe) se voit naturellement entrecoupée d’un passage classic-jazz, « Daydream » sonne d’abord comme un hymne sorti de Woodstock avant de tourner dream-pop, et « Treeland » se termine par de petits cris stridents façon Pixies.

Tout paraît simple, dans un esprit slacker façon Mac DeMarco, et est empreint de légèreté, de positivisme, à l’image des paroles du titre placé en milieu d’album : « We are Being Dead, We’re having a good time, we hope you have a good time too ». Désarmant. L’ensemble semble baigné d’un soleil très californien (guitare jazzmaster et reverb de circonstance), d’une douce illumination mystique, et déborde d’ondes positives qui aideront certainement les esprits chagrins à prolonger l’été, au moins dans les cœurs. On peut dire qu’ils tombent a point nommé.

2023 – Bayonet Records

Tracklisting:

  1. The Great American Picnic
  2. Last Living Buffalo
  3. Muriel’s Big Day Off
  4. God Vs Bible
  5. Come On
  6. Daydream
  7. Treeland
  8. When Horses Would Run
  9. We Are Being Dead
  10. Holy Team
  11. Misery Lane
  12. Livin’ Easy
  13. Oklahoma Nova Scotia