Vous avez aimé Paris, Texas. Vous allez adorer Moscou, Idaho ! Car Josh Ritter y a grandi. Et ce joli coin de nature de l’Ouest américain lui a insufflé un talent de songwriter digne des plus grands. Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young semblent s’être tour à tour penchés sur son berceau. Et Joan Baez lui a même piqué ses « Wings », une des plus belles de son dernier opus, Hello Starling. Un album folk poétique et mélodieux, mêlant harmonieusement mélancolie et optimisme.


Un album d’une étonnante maturité – faisant suite à un album tout aussi inspiré, Golden Age of Radio – pour ce jeune chanteur de 26 ans aux allures d’adolescent, qui rend hommage à ses pairs dès qu’il le peut. Lors de son dernier passage à Paris à la mi-mars, en première partie de Damien Rice, à la Cigale, il dédie une chanson, interprétée sans micro, à Johnny Cash. Rencontre avec ce jeune homme si sincère et amical qu’on aimerait qu’il vous invite dans son Idaho natal.

Quelles sont tes influences musicales ?

Tout d’abord : Bob Dylan et Leonard Cohen. L’une des choses que j’adore chez Léonard Cohen est le fait qu’il est très patient quand il chante. quand il écarte des choses dans une chanson qu’il écrit, ce n’est pas seulement parce qu’il pense que cela rendra la chanson plus facile à comprendre. Il traite l’auditeur comme une personne intelligente. Et puis, ce que j’aime aussi beaucoup chez lui est qu’il accorde plus d’importance à ses paroles qu’à sa personne. C’est aussi pour ces raisons que Bob Dylan a une grande influence sur ma musique.

Je suis aussi un grand fan de Gillian Welch [une chanteuse folk américaine très inspirée par les chants traditionnels des Appalaches], Tom Waits, Neil Young. Je m’inspire aussi de la façon dont ils ont vécu et des décisions qu’ils ont prises par rapport à leur musique. Ils n’essayent pas de faire de tubes. Si tu peux vivre de ta musique en étant un songwriter, c’est plus important que d’être une rock star. Je comprends mieux les écrivains que les rock stars. J’adore la part d’écriture des chansons, ce moment de solitude créatrice.

Aimerais-tu être aussi écrivain ?

J’adorerais. J’ai des idées. Il faudrait que je les travaille. Mais, je vais d’abord me concentrer sur l’écriture de chansons, avant de me lancer dans la littérature.

Dans « Bone of Song », un titre de Hello Starling, tu compares la muse de l’artiste à un os enfoui dans la nature, qu’il n’est pas facile de trouver. « Chanceux est celui qui me trouve dans la nature sauvage », écris-tu. As-tu besoin de t’isoler, de te rapprocher de la nature quand tu écris, comme c’était le cas pour « Hello Starling » ?

Ce n’était pas un choix délibéré de ma part d’enregistrer dans cette ferme près d’Angers. Mais, ça m’a beaucoup aidé de travailler sur cet album là-bas. C’est très tranquille, très beau. Si tu enregistres à New York ou Los Angeles, il y a trop de distractions. J’aime beaucoup travailler à la campagne. L’isolement est indispensable pour moi. J’ai grandi dans un coin reculé de l’Idaho, près de la montagne. Je passais beaucoup de temps seul. Je n’avais pas de voiture. J’allais faire des randonnées avec des amis. C’est une part essentielle de ce que je suis.

Tu parles beaucoup de la nature dans tes chansons. Est-ce une source d’inspiration importante ?

La nature est un thème universel, sur lequel il est facile d’écrire parce que tout le monde y sera sensible. C’est aussi amusant parce qu’on peut essayer de trouver des façons d’en parler d’une manière différente, d’essayer de renouveler le regard sur des choses que tout le monde connaît.

Par exemple, dans la chanson « Snow is Gone », je parle des étourneaux [le fameux starling du titre de l’album], ces petits oiseaux qui étaient toujours sur le rebord de ma fenêtre, là où j’ai grandi. Leur chant n’est pas beau, mais ils chantent toute la journée, en vous réveillant à cinq heures du matin ! Quand je cherchais le titre de l’album, j’ai repensé à ces oiseaux parce qu’ils s’en fichent de savoir si vous êtes là pour les écouter, ou si vous les trouvez beaux. C’est ce que j’aime chez eux. Et c’est cet esprit que je voulais insuffler à « Hello Starling » : faire les choses avec une vision neuve, sans se soucier du regard des autres.

C’est le même esprit qui a guidé la réalisation de ton précédent album Golden Age of Radio ?

Sur Golden AgeÂ…, c’était un peu différent. Par exemple, dans « Comme and Find Me », je décris Idler’s Rest, un endroit magnifique en Idaho. Je voulais que cela ressemble à une vieille carte postale aux couleurs délavées. De même pour le reste de l’album. Quand on va chez un antiquaire, on trouve ce genre de vieilles cartes. Au dos de ces cartes, les gens ont écrit seulement quelques mots et laissent à la photo le soin de dire le resteÂ…

Ça me fait penser à la pochette de l’un des premiers albums de Bruce Springsteen Greetings from Asbury Park sur laquelle figure une carte postale de ce genre.

Oui, c’est ça. Cet album est génial ! Les premiers albums de Springsteen sont trop sous-estimés. C’est très excitant de les écouter parce que, comme dans les premiers albums de Neil Young ou Gillian Welch, ces artistes se cherchent encore et essayent beaucoup de choses. C’est ce que j’ai voulu faire aussi dans « Golden Age ».

Beaucoup de tes chansons parlent de rencontres qui ne se font pas, comme dans « Roll On » ou « Kathleen », ou qui se défont, comme dans « Comme and Find Me » ou « Bad Actress » ? Est-ce autobiographique ? Es-tu amer par rapport au sentiment amoureux ?

Je n’y avais pas pensé. Mais, non, je n’aime pas les chansons autobiographiques. Il y a trop de gens qui écrivent des chansons sur eux-mêmes. Quand tu vas à un concert, c’est pas pour entendre un type raconter ses problèmes ! On a tous des problèmesÂ… Mais tomber amoureux est une chose bouleversante, qui arrive à chacun d’entre nous. Dans « Kathleen », le type essaye de tout donner à la fille, alors que dans « Bad Actress », ça se passe mal. Mais, j’essaye de ne jamais être amer, mais plutôt doux-amer, comme dans « Come and Find Me ». Même dans une relation qui tourne mal, il reste tout de même de bons souvenirs. En tout cas, suffisamment pour lui consacrer une chanson.

Josh Ritter, « Golden Age of Radio » (FIS) et « Hello Starling » (Setanta)

En concert à Paris le 26 mai à la Boule Noire (Paris)

En session acoustique le 31 mars sur Ouï FM.

-Le site joshritter.com