Ce faux quartet livre un cours d’histoire accéléré qui revient sur les 25 dernières années de la pop anglo-saxonne avec une énergie rare. Même pas peur.


Il y a des claques qui se perdent, et d’autres que l’on a plaisir à prendre. Celle assénée par The Mystery Jets est de celles-ci. Twenty One, deuxième album des Anglais, est un fourre-tout sans fond dans lequel on trouve à peu près tout ce qui s’est fait de bien et de joyeux en pop-rock depuis 1980. Ce combo est avant tout un groupe qui présente une particularité, celle de compter en son sein Henry et Blaine Harrisson, respectivement papa et fiston – on aurait aimé, pour le plaisir (malsain), voir le père Gallagher gratter aux côtés de son indécrottable progéniture, imaginez le tableau. Pour être exact, Papa ne se pointe plus sur scène et a cédé le micro à son petit, c’est pourquoi The Mystery Jets est aujourd’hui présenté comme un quatuor. Mais, au-delà de la considération drolatique, on imagine comme il doit être aisé, en période de doute quand on se penche de la sorte sur l’histoire, de se tourner vers son père et lui dire : « allez Papa, joue-nous un truc comme quand t’étais jeune », et hop, une chanson…

Les Anglais, dans un enthousiasme débordant, jouent à saute-mouton avec les époques, les genres et les ambiances. D’une chanson à l’autre, on passe ainsi du power rock amphétaminé à la ballade sirupeuse, de la pop synthétique clinquante à la new wave qui aurait dévoré une charrette de marguerites, du cabaret à l’electro-pop la plus moite. L’exercice est périlleux, mais l’examen final réussi haut la main tant ces contorsionnistes ont su tailler dans la chair pour sortir la substantifique moelle de ce maelström. La grande idée est de reproduire les styles sans se priver de raboter ici, tailler par là, et généralement élaguer au maximum pour une efficacité toujours conquise. Redoutable, l’efficacité.

Dès le supersonique “Hideaway”, on est happés par l’énergie débordante du groupe, pilonnant ses instruments sans même effleurer la pédale de frein. On ne pensait pas que The Smiths se marieraient aussi bien à Manic Street Preachers, on voyait mal Jeff Buckley danser le jerk avec David Byrne ou Elvis Costello. Et pourtant.

La grande réussite du disque tient à la combinaison de trois facteurs. D’abord, il y a la voix de Blaine Harrison, puissante, changeante, débridée même, quand elle n’est pas tout simplement émouvante (le morceau caché est une merveille absolue) ; elle virevolte, tremble, explose : un feu d’artifices à elle seule. Il y a aussi l’énorme travail d’Erol Alkan, producteur spécialiste du rock pour dance floor, qui a notamment beaucoup contribué au succès de Bloc Party et Franz Ferdinand. Et, enfin, le songwriting est de ceux qui laissent des traces : difficile en effet d’isoler un titre supérieur à un autre tant le niveau de composition est élevé et constant. Pour un résultat sans faille.

Ainsi, derrière une apparence bling bling et par trop banale (ces pantalons et ces coiffures qui n’ont plus rien d’original) se cache un groupe précieux, intelligent, et même régulièrement brillant, un sérieux candidat au rang de star de demain. A condition pour ces musiciens supersoniques de réussir leur vol de croisière comme ils ont réussi leur décollage.

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