La recherche du temps perdu…


Micah P. Hinson a cent ans. Non, Micah P. Hinson a trente-trois ans. Non, non, quand il chante de ce timbre éraillé, nasillard qui a tout vécu et traversé les âges, Micha P. Hinson a cent ans. Micah P. Hinson a trente-trois ans et fait partie de cette génération de compositeurs qui nourrissent inlassablement le feu jamais éteint de la musique folk et country.

Par la succession des événements de sa vie, des expériences extrêmes qui la jalonnent, Micah P. Hinson a cent ans d’histoires à raconter, de souvenirs à partager. Comme un héros tragique, il recherche en permanence un retour à la maison (« On The Way Home (To Abilene) »), une manière de conjurer l’enfance défunte. Tel le héros, il ne meurt jamais. Même quand il frôle la camarde sur une route d’Espagne, c’est pour mieux se relever et achever le travail commencé.
Micah P. Hinson, fort de son expérience, n’est plus dupe. Son cinquième album s’intitule And The Nothing. Il aura croisé le Gospel of Progress, l’Opera Circuit, le Red Empire Orchestra et même les Pioneer Saboteurs, il aura essuyé toute formule en vain. Parce qu’il n’y a plus que lui-même pour mener la barque engagée il y a dix ans, il y a trente-trois ans, depuis la nuit des temps. Car sa musique, la musique, comme un cliché, est le seul lien qui donne sens à sa vie.

Alternant moments tout en retenue (« I Ain’t Movin' » – rien ne me fera bouger, le très beau « The Quill » et son piano bancal) et les passages rythmés (un très rock’n’roll « How Are You Just A Dream? » en ouverture de disque) ou de country très tradi (« The Same Old Shit » et son envoûtante scie musicale), l’album est une relecture sans concession de toute cette improbable et inévitable tragédie qu’est sa vie. Qu’il implore dieu (« God Is Good » mais il y aura toujours des malheureux) ou le fantôme de son grand-père dans le très accrocheur « The Life, Living, Death And Dying, Of A Certain And Peculiar L.J. Nichols », Hinson ne se fait plus aucune illusion sur le sens des choses et le temps qui passe.

Car qu’importe finalement l’âge de l’artiste, sa musique intemporelle est pourtant si profondément ancrée en lui-même qu’elle ne se résout qu’universellement. Et le morceau caché (oui, en 2014, il existe encore des morceaux cachés en fin de disque !), « Crosshairs » conclue merveilleusement l’album dans une ritournelle macabre qui révèle la tragique et incontournable condition de l’artiste sachant parfaitement, depuis tous ces siècles traversés, à quelle fin s’en tenir.