Ceux qui cherchent un album plaisant, se laissant écouter sans conséquence : ce disque est fait pour vous. Ceux qui cherchent un chef-d’oeuvre, passez votre chemin.


Dans le petit précis du marketing parfait, ouvrage très prisé dans les maisons de disques, il faudra ajouter une annexe assez spéciale, réservée à cette nouvelle catégorie de disques qui ont connu un succès sans – à première vue – avoir bénéficié d’un plan marketing poussé.

Cette catégorie se subdivise en deux :

– d’un côté, les groupes qui bénéficient d’un tintouin sur le net soit de la part des fans soit de la part de webzines et/ou blogs, à savoir les trois : Arcade Fire, Arctic Monkeys, Clap your hands say yeah !.

– de l’autre, des producteurs décidant de se la jouer «mystère», ou en tout cas de ne pas paraître in vivo : les poids lourds Gorillaz, le poids moyen The Knife.

Gnarls Barkley, entré par la grande porte des records de vente par internet, affiche tous les attributs de la catégorie 2 point a. Des dessins bizarres, un nom encore plus bizarre : mais qui se cache derrière Gnarls Barkley et cette voix si soul ? C’est d’abord le tube « Crazy » qui va déferler sur les ondes, sans qu’aucune fuite ne donne d’indice sur la ou les personnes qui peuvent bien se cacher derrière ce que Télérama décrit comme « un tube magnifique, simplement baptisé Crazy, précipité soul et pop, noir et blanc, à la manière du princier When doves cry. Trois minutes d’un autre temps, parcourues de sons futuristes et d’échos troublants du passé, une voix aux accents dramatiques qui se perche haut, du côté d’Al Green et de Marvin Gaye, des paroles qui touchent au coeur d’un trouble existentiel où tout se confond et devient contagieux, l’amour comme la folie, la peur de l’échec comme les rêves de grandeur. » L’album St Elsewhere ne fera qu’entretenir les rumeurs (allant d’un vieux de la vieille venu d’outre tombe à un des Wu Tang Clan undercover).

C’est finalement un peu de tout ça que renferme le duo derrière Gnarls Barkley. Au chant, un certain Cee-Lo Green, fils de pasteur – mais pas Al Green. Figure de l’ombre, connue de tout le milieu rap et R&B des Etats du sud, Cee-Lo et sa voix si soul a déjà officié aux côtés des Neptunes (Pharrell Williams) ou d’Outkast (auxquels Gnarls Barkley fait irrémédiablement penser, surtout par le titre « Transphormer ») et de quelques groupes hip-hop comme Goodie Mob ou Dungeon Family. A la table de mixage et à la production un devin du genre, aux doigts de fée, responsable du dernier album de Gorillaz : Danger Mouse.

Tout ceci est très joli, mais ce qui nous intéresse est la qualité intrinsèque. Nous savons que la nouveauté, quelque soit la forme qu’elle prend, attire les hype freaks (Canal + en tête, où « Crazy » est devenu le générique du Grand Journal).

Tout ça est très bien produit, chapeau, mais notre enthousiasme est très loin de celui de la plupart des médias. C’est pas mal, plaisant, mais pas plus. Ça ressemble à de l’Outkast, mais sans ses coups de génie. Ça ressemble à du Gorillaz, mais sans sa variété et son innovation. Ça ressemble à… beaucoup de choses en fait, et on ne voit justement pas très bien où se trouve le grand mérite… On préfèrera écouter les originaux.

Et puis la reprise des Violent Femmes « Gone Daddy Gone » ressemble plus à un massacre qu’à autre chose, même si elle a l’avantage de faire connaître l’original parmi les jeunes générations.

Much ado about pas grand-chose en somme, si vous permettez ce franglais de rigueur…

– Le site de Gnarls Barkley