Le climat se réchauffe dangereusement, Bush va faire exploser la Terre, et le soleil s’éteint. Mais n’ayez pas peur, Muse est là. Super, non ? Non ?


C’est déjà l’heure du quatrième album, alors qu’il ne me semble que seulement quelques années (en fait, huit) se sont écoulées depuis les débuts de Muse en Belgique, devant 200 personnes, avec un Matt Bellamy tellement timide qu’il se cachait presque derrière son pied de micro. Depuis, tant de choses ont changé : Muse est carrément devenu un des plus gros groupes rock contemporains, leurs concerts sont légendaires, et avec leur second album, Origin of Symmetry, ils ont voulu créer un des chefs d’oeuvre du 21ème siècle.

Absolution, tout en étant un album tout à fait honorable, marquait un temps d’arrêt pour le groupe, peut-être dépassé par l’engouement qui l’entoure, et la pression médiatique.
Pour présenter Black Holes And Revelations au monde, Muse n’aura pas choisi la voie la plus aisée : le single « Supermassive Black Hole » (faut quand même le vouloir, des titres pareils) et ses beats disco ne ressemblent pas du tout au Muse habituel, mais après la surprise passée, on se met à apprécier un morceau pas pire qu’un Franz Ferdinand.
De même, le premier morceau de l’album, « Take A Bow », commence avec une intro au synthé (ou à la guitare, avec Bellamy on ne sait jamais) réminiscente de « Baba O’Riley », avant que la tension ne monte, comme souvent chez Muse. On remarquera une utilisation plus poussée des techniques électro (parfois assez grossières, comme un delay vocal qui conviendrait mieux à des «artistes» comme David Guetta), et des paroles chargées politiquement mais assez stéréotypées.

Mais ce qui captive/énerve chez Muse, c’est cette capacité à partir dans tous les sens, à créer des excès vocaux que même Freddie Mercury n’aurait jamais osé faire, ou ajouter des trompettes de mariachi, le tout dans le même morceau. Ou encore une batterie à la Joey Jordison plombée quelques secondes plus tard par un couplet mièvre (« Assassin »). Ailleurs, les deux ballades n’impressionnent pas vraiment, malgré les bonnes intentions d’un Bellamy émulant cette fois Jeff Buckley, et l’album se termine par sa pièce de résistance, « Knights Of Cydonia » : tellement de choses se passent dans ce morceau qu’il nécessiterait une page entière.

Mais finalement, ce serait tout à fait futile, car Muse reste Muse, et ce Black Holes And Revelations, malgré ses timides innovations, ne révèle pas grand chose, si ce n’est que le groupe ne semble pas (plus ?) capable de vraiment évoluer, de surprendre. BHAR est à Muse ce que Hail To The Thief était pour Radiohead : un bon album, sans plus. Et vu le succès tant critique que populaire, on aurait voulu plus, et surtout mieux. Peut-être était-ce trop demander, mais le temps sera seul juge de la trace que Muse laissera dans les livres d’histoire rock.