Coffret monumental regroupant pas moins de 93 titres – soit l’essentiel de la discographie du mystérieux crooner – 5 Easy Pieces est également une source d’information primordiale pour tout archéologue de la pop contemporaine, un jeu de piste fascinant qui permet de remonter l’arbre généalogique de la pop contemporaine et mieux comprendre l’influence assommante de l’ancien Walker Brothers sur la plupart des groupes « qui comptent » depuis près de 20 ans. Redécouvert une décennie après ses premiers albums solos, l’influence du Boy Child n’a jamais cessé de croître et se fait entendre chez Divine Comedy, Tindersticks, Talk Talk, Echo & The Bunnymen, Radiohead, David Bowie, Pulp, Smog, U2 (oui!) et bien d’autres.

Présenté dans un format plutôt sobre et compact mais non dénué de raffinement, l’objet passerait presque inaperçu dans les bacs à disque par son aspect assez fin et rudimentaire. A l’intérieur, pas de pin’s collector du style « Back to mono », et autres posters ou tee-shirts à l’effigie du bonhomme, non ce n’est pas trop le style de la maison. Ici l’essentiel tient comme des huitres dans une boîte à sardines : pas de place pour le superflu.
Les cinq cds sont présentés sous des couvertures cartonnées élégantes imitant le format vinyle. Le livret, petit mais bien fourni, se révèle plus attrayant : outre l’habituelle notice de crédits (essentiel mais pas vraiment original), c’est surtout son lot d’éloges – pour la majorité tirée des Inrockuptibles – qui retient en premier lieu notre attention. Tout le gratin rock cité plus haut y passe avec une dévotion assez unique et impressionnante. On peut y apprendre entre autres par Bono himself que Scott Walker fut une influence prépondérante sur « With or Without you »Â… on vous passe les détails, mais il faut avouer que tous ces courts témoignages se dévorent avec entrain. On pourrait également chipoter sur l’absence de biographie, ne serait-ce minime, mais comme le mystère a toujours fait partie de l’aura du personnage, on se fait une raison.

Venons maintenant à l’essence même de l’objet : la musique. Le coffret, divisé en 5 cds, retrace la carrière entière du monsieur, de ses débuts avec les Walker Brothers jusqu’à son travail avec Ute Lemper et autres BO de films dont l’événement Pola X de Léo Carax, soit presque quarante années compressées et traitées de façon non équitable.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’objet ne contient pas vraiment d’inédits, mais se propose de faire un panorama non-conformiste et néanmoins cohérent sur la carrière du bonhomme. Les fans qui possèdent déjà tout resteront sur leur faim : les seuls réels raretés auraient pu être les titres extraits de la reformation des Walker Brothers au milieu des 70’s, mais ils ont été réédités l’année dernière. La réelle consolation pour les gros fanatiques reste le cinquième cd évoqué plus bas et une poignée de titres issus de Climate of Hunter (1984), son premier album solo après dix ans de silence, dont on annonce d’ailleurs la réédition cette année.

Chaque disque fait l’impasse sur le rituel listing chronologique. La sélection proposée ici, plutôt pertinente, s’est effectuée sur cinq thèmes récurrents dans la carrière du bonhomme.

Le premier CD, In my Room, assemble ses compositions à caractère dramatique et sont basées sur la solitude. Le second, Where’s The Girl ?, regroupe son répertoire sentimental et autres odes à la femme (à noter les deux chansons composées pour Ute Lemper et interprétée par la diva sur Punishing Kiss en 2000). Ces deux premiers disques constituent son répertoire le plus pop et – a fortiori – son plus connu.

Troisième recueil, An American in Europe, est divisé en deux parties. Il réunit en premier lieu ses sublimes reprises de Jacques Brel (peu d’artistes peuvent prétendre reprendre « Amsterdam » sans tomber dans le grotesque, Scott Walker fait partie de ceux-là), puis des compositions plus éparpillées dans sa discographie, en rapport avec les Etats-Unis, son pays d’origine.

Le 4ème , This Is How You Disappear, le plus court, regroupe en 15 titres son goût prononcé pour l’expérimentation et laisse la part belle à son ultime et très sombre album Tilt (1995). On y retrouve également quatre chansons issues de Night Flight (1978) et son monumental titre éponyme, dont Bowie se souviendra au moment d’enregistrer sa trilogie berlinoise. Dans l’ordre des choses, Climate of Hunter n’est pas non plus négligé.

Enfin, Scott on Screen, le 5ème disque, est de loin le plus intéressant pour les initiés. Il regroupe le dernier versant de sa carrière, plus concentré sur la composition de bandes originales de films pour le cinéma et la télé, dont ceux tirés de Scott Sings Songs From His TV Series, Toxic Affair et The Moviegoer.Tout à fait rarissime, c’est le mot.

Seul constatation farfelue au bout du compte : Scott 4, premier album regroupant uniquement des compositions originales du maître et considéré à juste titre comme son album le plus abouti, est totalement négligé ici (seulement quatre chansons). On conseillera donc d’acheter l’album pour ceux qui ne l’ont pas, pour enfin boucler la boucle.

Ce qui frappe d’emblée à l’écoute de cet impressionnant panorama, c’est la forte cohérence d’ensemble, malgré parfois les trente années qui séparent un titre d’un autre, et surtout son aspect intemporel. Nul doute que si l’on se repenche dessus dans dix ans, la beauté des arrangements et la force dramatique de ses compositions continuerons à nous frapper. Pour les moins patients, il suffit de se pencher sur « It’s Raining today » ou « Farmer in the city » pour comprendre brièvement le pouvoir de fascination que peut exercer l’oeuvre de ce personnage solitaire. Rares sont les artistes de ce calibre à avoir su allier intégrité artistique, expérimentation et compositions pop épiques. A partir de ce constat là, dur de ne pas comprendre pourquoi Scott Walker demeure aussi vital dans le paysage rock indé que l’eau pour le poisson.

Disc: 1 In my room

1. Prologue/Little Things
2. I Don’t Want To Hear It Anymore
3. In My Room
4. After the Lights Go Out
5. Archangel
6. Orpheus
7. Mrs Murphy
8. Montague Terrace
9. Such A Small Love
10. The Amorous Humphrey Plugg
11. It’s Raining Today
12. Rosemary
13. Big Louise
14. Angels Of Ashes
15. Hero Of The War
16. Time Operator
17. Joe
18. The War Is Over

Disc: 2 Where’s The Girl ?

1. Where’s The Girl?
2. You’re All Around Me
3. Just Say Goodbye
4. Hurting Each Other
5. Genevieve
6. Once Upon A Summertime
7. When Johanna Loved Me
8. Joanna
9. Angelica
10. Always Coming back To You
11. The Bridge
12. Best Of Both Worlds
13. Two Weeks Since You’re Gone
14. On Your Own Again
15. Someone Who Cared
16. Long About Now (Esther Ofarim)
17. Scope J (sung by Ute Lemper)
18. Lullaby ( By – by – by )

Disc: 3 An American in Europe

1. Jackie
2. Mathilde
3. The Girls And The Dogs
4. Amsterdam
5. Next
6. The Girls From The Streets
7. My Death
8. Sons Of
9. If You Go Away
10. Copenhagen
11. We Came Through
12. Thirtieth Century Man
13. Rhymes Of Goodbye
14. Thanks For Chicago
15. Cowbells Shakin
16. My Way Home
17. Lines
18. Rawhide
19. Blanket Roll Blues
20. Tilt
21. Patriot

Disc: 4 This Is How You Disappear

1. The Plague
2. Plastic Palace people
3. Boy Child
4. The Shut Out
5. Fat Mama Kick
6. Nite Flights
7. The Electrician
8. Dealer
9. Track 3 (Delayed)
10. Sleepwalkers Woman
11. Track 5 (It’s A Starving)
12. Farmer In The City (full length)
13. The Cockfighter (full length)
14. Bouncer See Bouncer
15. Face On Breast

Disc: 5 Scott on screen

1. Light
2. Deadlier Than The Male
3. The Rope And The Colt
4. Meadow
5. The Seventh Seal
6. The Darkest Forest
7. The Ballad Of Sacco And Vanzetti
8. The Summer Knows (from Summer of ’42)
9. Glory Road 3:32
10. Isabel
11. Man From Reno
12. The Church Of The Apostles
13. Indecent Sacrifice
14. Bombupper
15. I Threw It All Away
16. River Of Blood
17. Only Myself To Blame
18. Running
19. The Time Is Out Of Joint
20. Never again
21. Closing