Le prodige américain Andy Lemaster confirme avec son deuxième album Fall Back Open sa qualité d’écriture pop. Avec les membres de Now It’s Overhead, ce jeune songwriter se place désormais comme un des fers de lance de l’écurie Saddle Creek, label bouillonnant de talents.


Depuis quelques mois, il faudrait revenir de Mars pour ne pas avoir entendu que l’industrie du disque va mal. Et comme souvent, plutôt que de se remettre en cause, il est plus facile de trouver un bouc émissaire à la crise. Le téléchargement gratuit de musique via des sites internet d’échanges est désigné comme le grand coupable. On ne se fera pas l’avocat du diable, d’autres s’y prêtent mieux, mais il est de bon ton de rappeler que beaucoup de groupes dits en marge de l’industrie du disque (liée à un plan marketing promotionnel quasi inexistant chez les majors pour ce type d’artistes, avec les moyens du bord chez les labels indépendants) vivent grâce à une communauté d’internautes. Des internautes lassés d’entendre la même soupe et d’acheter un album qui ne tient que sur un ou deux singles préfèrent télécharger leur compilation, gratuite, et défendre les artistes qui conçoivent un album.

De cette politique frileuse aux ruptures de contrats discographiques, il ne reste plus que la scène, internet et certains médias à têtes chercheuses encore directifs face aux annonceurs pour qu’un musicien se fasse entendre et de ce fait sortir de la confidentialité.

A l’image de certains sites web fédérateurs, de nombreux labels indépendants, comme Saddle Creek, se sont concentrés autour d’une communauté d’artistes qui viennent se prêter main forte pour l’enregistrement de leur album.

Se reconnaissant dans l’écurie Saddle Creek, home de Azure Ray, Bright Eyes, Park Ave, Cursive (…), Andy Lemaster avait trouvé une famille d’accueil pour son premier album éponyme. L’engouement qu’avait suscité cet album sur la toile et la scène locale d’Athens, Georgie, dont un certain Michael Stipe s’était fait l’écho, conforta le leader de Now It’s Overhead de reconduire son groupe pour un deuxième album.

Le premier opus étant à peine sorti en Europe que l’écriture de Fall back Open était presque achevée.

On redoutait qu’après son premier album, Andy Lemaster s’essouffle et ne sache pas renouveler l’essai tant son écriture était affinée. Crions-le haut et fort, Fall Back Open confirme et dépasse même la barre posée par son prédécesseur. Alors que beaucoup de groupes disparaissent dans les méandres de la pop faute de n’avoir pas su trouver la clé des champs pour donner une suite à un second album souvent synonyme de paralysie, Now It’s Overhead impose son style et marque même son empreinte. Un défricheur comme Michael Stipe ne s’est pas trompé quant au talent de Lemaster et lui rend bien en participant sur la chanson « Antidote ».

Il est dommage de ne pas entendre ces chansons sur les radios, car comme on l’avait dit pour « Blackout Curtain » qui est un tube en puissance, « Wait in a line » ne démeriterait pas d’être dans les playlistes. Forcé de composer des singles, Andy Lemaster conçoit son album en une unité de petites perles pop, des petites bombes qui éclatent à l’oreille de l’auditeur. A moins d’être hermétique ou allergique aux climats éthérés et aux styles sautillants de la pop, on ne peut qu’être conquis par la haute tenue des compositions comme « Surrender », « Fall Back Open », ou « Reverse ».

Loin des crispations habituelles ou de la copie en moins bien, ce second album donne encore plus d’envergure et de cohésion aux chansons. L’art dans la manière de poser les choeurs, entre les voix des filles d’Azure Ray, de Conor Oberst ou de Stipe, donne du souffle et de la profondeur aux chansons. Occupant chaque recoin de l’espace, les mélodies semblent avoir été écrites pour être jouées en apesanteur. La limpidité dans la résonance des instruments est l’autre atout avec les voix que possède le magicien d’Athens, les guitares claires réverbérées ou saturées se mélangent si facilement avec le sitar, une trompette ou l’électronique dans une parfaite osmose.

Sur les sites internet d’échange de musique, le nom de Now It’s Overhead circule à la vitesse d’un virus. S’il pouvait se propager dans tous les disques durs et éliminer les mauvaises herbes (albums sans contenu), peut-être qu’on reconsidérerait la façon de concevoir un album et de ce fait les ventes se referaient une jeunesse. On ne sait pas si Andy Lemaster sera sur toutes les lèvres dans quelques temps, bien qu’il le mérite, mais en terme d’écriture pop il est déjà une référence.

-Le site de Now It’s Overhead