Après un EP très remarqué, le belle undercovered sort un album de soul-jazz à écouter bien au chaud chez soi, pour se mettre du baume au coeur.


Pour notre plus grand bonheur à tous, ce n’est pas prendre beaucoup de risques que de dire que la soul des années 60/70 a le vent en poupe. A tel point que l’on voit poindre toute une flopée d’artistes qui singent les artistes noirs d’antan, de Isaac Hayes à Marvin Gaye en passant par Otis Redding ou Al Green. C’est dans l’air du temps.

Cat Power est allée, pour The Greatest, jusqu’à se payer les papys de la résistance soul pour pondre un album mi-figue mi-raisin. C’est pourtant bien à elle que nous fait penser la première plage de ce disque, avec ce piano et ces arpèges lyriques. La voix et les ambiances aussi font dans ce même registre cool, invitant à se prélasser dans un rocking chair d’une Louisiana Mansion.

Sous ce nom bizarre, Joan as policewoman (en hommage à une série télé), se cache en fait la new yorkaise Joan Wasser, dont le CV est plein à craquer. Jugez plutôt : The Dambuilders, Black Beetle, Those Bastard Souls, Antony & the Johnsons, Rufus Wainwright : autant de groupes dans lesquels elle a traîné sa voix, son violon, son violoncelle, sa guitare, son piano, ou assuré les arrangements classiques. Ses faits d’armes chez d’autres sont tout aussi impressionnants, puisqu’elle affiche au compteur des collaborations aussi variées que The Scissor Sisters, Lou Reed, Nick Cave, Sparklehorse ou Dave Gahan (oui, oui, celui de Depeche Mode), Tanya Donely, Adam Green, Joseph Arthur, Keren Ann… Ce parcours, qui se doit d’être cité, n’aide cependant pas à disséquer les raisons qui l’ont amené à enregistrer ce disque si poétique de soul. Enfin, si, on a trouvé un indice – élémentaire mon cher Watson – puisqu’elle fut la dernière compagne de feu Jeff Buckley. Mouais.

La première plage, le très calme et jazz « Real life », constitué d’un piano et de la voix chaleureuse de la diva Joan, ne nous laisse pourtant pas présager qu’il s’agit d’un album qu’un disquaire, après une écoute, hésiterait à classer entre Soul et Jazz (probablement est-ce là la raison pour laquelle tant de disquaires ne font pas dans le détail). Les nappes d’arpèges nous font entrer de plein pied dans un univers très lyrique, où l’envie de pleurer de bonheur pointe le bout de sa larme.

Passé cet adagio d’introduction, on entre dans les rondeurs de la soul, avec des pointes de jazz (on va jusqu’à penser à Diana Krall sur « The ride » ou à Nina Simone sur « I Defy »). Les choeurs, la batterie et la basse (Ben Perowsky et Rainy Orteca), même les cuivres font partie du décor. Sans oublier bien sûr les cordes qui apportent la magie heureuse des sixties. « Eternal Flame », « Feed the light », « Save me » : les titres et les paroles abondent dans ce sens. Son discours se rapproche de celui de la nouvelle héroïne du R & B roots, Leela James, puisqu’elle crie sur tous les toits que l’honnêteté est à ses yeux la valeur numero uno.

Joan montre une facilité déconcertante à jouer de son timbre, virant des aigus aux tons plus graves, dans un style que l’on sait très inspiré par le vécu. Antony et son chant si caractéristique s’invitent sur « I Defy », avec des hâles très mélodieux.

Enfin, le rock dont elle se dit très influencée (elle cite les Stooges ou Bad Brains), est plutôt timide sur cette galette. Seul « Christobel » rentre dans cette catégorie.

«Anyone can see through me, beyond not anyone» chante-t-elle, d’une voix extrêmement touchante, qui n’a rien à envier aux divas du genre. « We don’t own it », le dernier morceau en hommage à Elliot Smith, nous plonge dans un état de léthargie. Que demander de plus ?

– Lire l’entretien.

– Le site de Joan As Police Woman