Assez du post-folk minimaliste ? Lassés par l’electronica mélancolique ? Le premier album de Duels, en provenance de Leeds, devrait vous redonner le sourire, grâce à un album de pop abordable. Reste à savoir dans quelle mesure cet adjectif reste un compliment.


Familier. Tel pourrait être le qualificatif qui vient à l’esprit concernant ce premier album de Duels. Non pas familer au sens de vulgaire ou trivial, mais bien pour dénoter cette connivence immédiate que tisse l’album avec son auditeur. Car The Bright Lights And What I Should Have Learned s’inscrit dans l’histoire de la pop, et possède, à ce titre, une familiarité évidente, sans doute due à l’usage de certains codes académiques en vigueur.

Les premières notes de “Brothers & Sisters”, une progression binaire à la guitare soutenue par une batterie, convoque immédiatement une foule de cousins illustres : Arcade Fire pour l’inspiration lyrique ou Muse pour cet art de l’efficacité. Un couplet s’annonce avec l’apparition du chanteur, accompagné de quelques notes de piano, alors que la batterie se fait moins métronomique. Même la voix de Jon Foulger possède une tessiture qu’on semble connaître de toute éternité : peut-être l’a t-on déjà croisée récemment sur les traces de Keane. Plaintive, puissante, facilement lyrique et pourtant maîtrisée : cette voix donne une dimension supplémentaire à la musique de Duels, qu’on pourrait qualifier de psychédélique ou du moins emphatique. Lorsque le refrain éclate enfin, « All My Brothers, all my sisters », avec la puissance dramatique qu’on espérait, on est facilement subjugué – ou agacé, à vous de voir – par cet usage intelligent du crescendo. Un art que Duels a sans doute “emprunté” à Suede ou à son mentor David Bowie période paillettes. Il va l’introduire au coeur de ses compositions, tout comme un ingrédient miracle – en l’occurence, la pincée de sel – permet à un amalgame gluant de blancs d’oeuf de devenir une neige voluptueuse et aérienne. Mais ce petit miracle, tout comme en matière de blancs en neige, n’opère qu’a force d’une énergie constante et d’une persévérance appliquée. Deux qualités que le bon élève Duels possède indéniablement.

“Things”, usant d’une voix féminine en écho, parviendrait presque à faire revivre l’alchimie à l’oeuvre sur le Vauxhall & I de Morrissey, ce qui n’est pas la moitié d’un compliment. Cette ressemblance furtive agit comme un point de fuite potentiel : c’est ainsi sur le couplet de “Potential Futures” ou la compostion de “Monsters Are Loose”. Mais Duels est trop occupé à évoquer constamment une multitude d’autres références. Hormis celles déjà citées, Duels s’inscrit tout aussi bien dans une tradition britpop – même si ce terme peut en faire ricaner plus d’un – et reprend le flambeau de Blur ou Pulp, via des compositions bien ficelées. “What We Did Wrong” avec des riffs précis de guitare et un refrain des plus évidents rappelle les singles les plus abordables du groupe de Sheffield, tandis que “Young Believers” ou “The Slow Build” renvoient à leurs morceaux plus lents.

Après quelques accidents de parcours – notamment “Animal” ou “Once in the Night” qui rappellent la soupe pop-ulaire qui inonde les ondes – l’album se clôt sur “Taxi Song”, une ballade lunaire qui nous conduit directement dans des contrées ouatées, sans doute voisines des steppes de Grandaddy. Une façon bien agréable de parachever ce kaléidoscope parfois indigeste de la pop.

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