Le subtil Mister Ward nous offre sa vision panoramique de l’americana way of (independent) life.


Depuis le délicat Duet for guitars #2, datant de l’an 2000, Matthew Stephen Ward a fait du chemin et pris de l’assurance. Six albums ont suivi en huit ans, une production dense et souvent étincelante.
L’homme de Portland est ultra actif, ajoutant d’ailleurs à ses projets personnels des contributions à d’autres collectifs (Arizona Amp and Alternator en 2005, Monsters of Folk en 2009, Tired Pony en 2010) et des apparitions sur de multiples albums (Z de My Morning Jacket, des disques de Bright Eyes, Jenny Lewis ou Jolie Holland, et sur Bleu Pétrole de Bashung, …). Sans oublier le ticket gagnant avec Zooey Deschanel : She & Him, pour trois disques en quatre ans ! De nombreuses connexions qui vont dans les deux sens : voir les quelques 17 musiciens invités ou encore les 8 ingénieurs du son qui participent à ce nouvel album. Ward fait passer les rencontres et les échanges bien avant le gavage de son ego.
Car il a ce talent pas si commun d’écrire des chansons populaires, dans le sens où une grande partie d’entre elles peuvent aussi plaire à votre grand-mère. C’est le cas de “Clean Slate”, qui ouvre A Wasteland Companion. Un morceau composé en hommage à Alex Chilton et qui caresse par les sentiments, joués et chantés sous un clair de lune d’été. En bout de disque, “Pure Joy” viendra conclure avec la même délicatesse, chœur céleste en prime.
Ainsi M.Ward est d’un naturel doux et paisible, son écriture est gracieuse et bienveillante. Si elle apparaît constamment zébrée de mélancolie, sa musique ne devient jamais sombre. Le goût du bel ouvrage, avec ce qu’il faut d’espace légué à la spontanéité. Des rythmes folk, country, rythm and blues et rock’n’roll – le carré americana – exposés à des éclairages pop moderne. Ou comment relier la culture musicale populaire américaine à l’international indie rock.

Enfin, Ward sait aussi être concis. Huit des douze titres de l’album n’atteignent pas trois minutes. Des bijoux travaillés au plus près, dans une tonalité lumineuse et ascendante.
À son meilleur, il délivre des mélodies supérieures, produites avec style et instinct, comme “Me And My Shadow”, chanson la plus énergique – qui, avec “I Get Ideas” (autrefois interprété par Louis Armstrong) pourra rappeler les turbulents débuts des anglais Libertines ou Arctic Monkeys. Une introduction de 30 secondes d’apesanteur dynamique, puis easy galop sur lit de guitares boueuses. Le tout relevé de quelques notes obsédantes de piano, comme l’est aussi la voix en chœur de Zooey Deschanel. La grande classe en guère plus de 2 minutes 30 pour un western survolé par l’âme de Mark Linkous. On restera également émerveillé devant l’inspiration du morceau “A Wasteland Companion”, et cette idée de nous prendre par la main pour nous lâcher à mi chemin dans un monde instrumental frissonnant. On se retrouvera aussi à Tucson, Arizona, sous le parrainage d’Howe Gelb sur “Watch The Show”, titre aux batterie et guitares fouettées. Plus loin, on tombera amoureux de “The First Time I Run Away”, en songeant à nouveau à Chilton et à Big Star, lorsqu’ils parvenaient à trouer les nuages pour atteindre l’astre aveuglant. Et sur le dorlotant “Crawl After You”, c’est piano et cordes qui viennent nous emporter, aidés par la voix particulièrement touchante de Matthew. Le classicisme dépoussiéré et reverni avec doigté.

C’est lorsqu’il est plus appliqué à se rapprocher des canons mainstream de la pop sixties – “Primitive Girl” ou la reprise du “Sweetheart” de Daniel Johnston – que M.Ward se montre le moins émouvant, à l’image des morceaux parfois trop sucre glacé de She & Him.
Des réserves de pas grand chose face à la qualité de composition et d’exécution de ces 35 minutes de mini superproductions sans effets tape à l’œil. Un équilibre remarquable entre des aspirations toutes personnelles et la volonté de les rendre accessibles au plus grand nombre, sans compromission. A Wasteland Companion est également à ce titre une brillante réussite.