Cinquième album d’Holden – groupe discret, curieux et voyageur – Sidération est une merveille absolue.


C’est pas des mots. Et c’est quoi alors ? Des bruissements de feuilles, le vent qui nous fait douter de notre équilibre, des contre feux sous la lune… Holden a toujours pris la pop de travers – et pas de haut – la détournant sensiblement de son chemin. Leur musique n’a jamais été conforme, débordant du cadre, traçant des courbes là où étaient prévues les diagonales, érigeant des pics sur des monts de coton. Pas sage et trop acide pour recevoir le halo médiatique et le grand public (trop souvent sourd). Pourtant, “La Machine”, “Madrid”, “Sur le pav锝, “Ce que je suis”, “C’est plus pareil” et d’autres morceaux s’imposent pareillement par leur fluidité mélodique et leur conduite obstinée, tout en dérivations. La compilation L’Essentiel, parue en 2011, porte bien son nom. Dans le paysage musical d’ici, bois à l’écorce tendre, Holden a gravé au couteau son identité, devenant vite un compagnon vital, idéal, ni trop loin ni trop proche. Un besoin constant d’exil, des envies de voyages.

Effectivement, l’évidence du premier regard s’estompe vite à l’écoute. Holden ne fait pas une musique indolente et inoffensive. Rêveuse, joueuse, malicieuse, oui, mais avec des partis pris tranchés et coupants. Des chansons douces et captivantes, mi dévêtues, aguicheuses, mais aux griffes aiguisées et au regard intense. L’attraction des contraires, la conjugaison des paradoxes. Au commencement Holden a déserté les voies trop empruntées, se mettant perpétuellement en danger, prenant la tangente à force de cabrioles intimes, coups de reins et anti rimes.

Entre 2002 et 2009, trois albums furent produits au Chili, par Uwe Schmidt aka Atom TM (ou encore Señor Coconut). Pedrolira, Chevrotine (jusqu’alors l’apogée du groupe) et Fantomatisme, ce dernier plus insaisissable dans la forme, peut-être trop. De retour en France et en trio (aidé de Julien Gasc, à la basse et au piano), Holden signe avec Sidération sa plus belle réussite, un album dont on peut dire qu’on ne se lassera jamais, compagnon de routes inconnues, à découvrir ensemble.

Musique allusive, scintillante, hors les murs, structures mouvantes et transe douce. Un fluide, des ondes, en ronds dans l’eau – élément plus ou moins explicitement présent, pluie qui tombe, rivière rafraîchissante ou océan à traverser. On est bien, sans trop savoir où situer ces sons, leurs inspirations. Quelque part en Afrique (“Mais Je vis avec eux”) ou en Amérique latine ? Là où la chaleur plonge corps et esprits dans une torpeur vaporeuse. Pas de passage en force, pas d’insistance, juste une capacité à mélanger les sources, à nous imprégner, sans qu’on y prenne garde. Aucune figure imposée, un envoutement, une ligne claire qui se trouble, prend la fuite puis rapplique (Nous surferons sur les moyennes Qui s’éloignent et reviennent). Holden entre sur la pointe des pieds et s’envole par la fenêtre, porté par le courant d’air inspiré.

On évoquera l’excellence de ces douze chansons, leurs textes à multiples facettes, le chant troublant et sensuel, lumineux et profond d’Armelle Pioline, la présence subtile et marquante de la batterie d’Emma Mario, les inventives volutes de Mocke. On soulignera les embardées psychédéliques lézardant plusieurs morceaux, toujours surprenantes, s’inscrivant parfaitement dans l’ensemble. On affirmera n’avoir rien entendu d’aussi bouleversant que la fugue guitaristique nichée au cÅ“ur de “L’Ivresse”. On pensera à la liberté de création de Bill Callahan, ses espaces libres et vierges, cet “Autre Silence”. On dira simplement que Sidération est une merveille absolue, que c’est “L’Air de la Vie” et que oui, Holden, On émigre quand tu veux !

Holden – C’est pas des mots