Une malédiction pèse sur Spoon. Depuis leur sommet Kill The Moonlight en 2002, on attend que le binôme d’Austin, Britt Daniel (chant/guitare) et Jim Eno (batterie), réitère ce beat rock nerveux, sale et sec comme un coup de trique, dont ils gardent scrupuleusement la formule magique.


Une malédiction pèse sur Spoon. Depuis leur cultissime Kill The Moonlight en 2002, on attend que le binôme d’Austin, Britt Daniel (chant/guitare) et Jim Eno (batterie), réitère ce beat rock nerveux, sale et sec comme un coup de trique, dont ils gardent scrupuleusement la formule magique. Mais voilà, les spoonmen d’Austin ne veulent pas seulement être réduits à une machine à groove implacable, et tentent de nous le démontrer en ralentissant le tempo et en s’essayant à d’autres styles (piano pop miné, expérimentations electro Lo-FI, funk moite cuivré…)… L’intention est louable. Mais à chaque nouvel livraison, on ne peut s’empêcher de chercher en priorité le morceau qui va faire monter la température (« I Turn My Camera On », « Written in Reverse », « Don’t Make Me a Target »…). Transference (2010) était certainement l’album le plus dépressif de leur discographie, difficile en effet dans ces conditions d’insuffler du rythme. A tel point que le groupe a failli ne pas s’en remettre. Mais ces quatre années d’absence ont été revigorantes. Entretemps, Britt Daniel a formé Divine Fits avec Dan Boeckner (Wolf Parade), parenthèse sympathique mais pas bouleversante non plus. Jim Eno de son côté, a vaqué à ses occupations de producteurs. Manifestement son drumkit lui démangeait à nouveau, le groove est revenu au centre des préoccupations de Spoon sur They Want My Soul ! Cela s’entend sur le percutant « Rent I Pay », Jim Eno a repris du poil de la bête derrière ses fûts, et la guitare de Britt Daniel se lâche sur des gimmick funk/rock irrésistibles. Outre l’arrivée d’un nouveau clavier/guitariste en la personne d’Alex Fischel, les cuillères ont aussi bousculé leur méthode de travail ancestrale : le binôme Daniel/Eno partage la production avec deux poids lourds, Dave Fridmann et Joe Chiccarelli (repêché des Divine Fits). Etrange choix tout de même que d’avoir opté pour le producteur psychédélique d’MGMT et des Flaming Lips, les disques de Spoon ne se distinguant pas par leur grandiloquence. Si le son se veut plus propre que d’accoutumé, il sert aussi à habiller l’énergie débordante des compositions – le brûlot imparable « Do You », et les tous aussi sautillants « Let Me Be Mine » et « New York Kiss ». En élargissant ainsi sa carte, Spoon se permet de varier les plaisirs : l’éthéré et funky inside out, les belles plages electro contemplatives d’ »Inside Out » et « Knock Knock Knock » voir même technoïde avec « Outlier ». Qu’on se rassure, Spoon n’a pas vendu son âme et vient d’enregistrer un de ces albums les plus aboutit. Plutôt qu’une cuillière, on va en reprendre une louche. Et plutôt deux fois qu’une.