Entourée de certains trublions de la scène pop rock française, Françoiz Breut se libère de la contrainte de la composition et devient leur égérie le temps d’un surprenant Une saison volée.


Un peu comme son aînée Jane Birkin pour l’album Rendez-vous, Françoiz Breut a convié sur son troisième album, Une saison volée, quelques fines lames de la scène pop rock hexagonale – moins pour pousser la chansonnette sur des duos qu’en tant que compositeurs. Dans une démarche similaire à de nombreux artistes de la chanson française, la néo-bruxelloise laisse les clés de l’écriture à ses amis musiciens pour se concentrer sur son jeu d’interprète. Comme pour son précédent album, De vingt à trente mille jours, ces bâtisseurs de chansons lui ont taillé sur mesure des pièces musicales.

Toutefois, même si le même backing-band a été reconduit, la française a fait appel à de nouvelles têtes. Fidèle à ses coups de coeur, elle montre une nouvelle fois son attachement à des musiciens comme Joey Burns, Philippe Poirier, Jérôme Minière ou des membres des Little Rabbits, Federico Pellegrini cette fois-ci, mais aussi son goût pour la découverte en invitant le groupe marseillais Deziel ou l’espagnol Jaime Cristobal.

En ouvrant les portes de son refuge musical à de nouveaux collaborateurs, Françoiz Breut sort de sa réserve naturelle et chasse le confort hors de ses frontières pour explorer de nouvelles voies. Ainsi, les nouvelles recrues vont prendre un malin plaisir à faire chanter leur muse aussi bien en anglais, qu’en espagnol ou en italien. Herman Düne sur « Over all » et « Please be angry », Jaime Cristobal sur « Ciudad del mar » ou bien Fabio Viscogliosi, ex Married Monk, sur « Ultimo ». Le résultat est plutôt surprenant ; en s’appropriant les textes, la voix de Breut se fait plus assurée, elle pousse son chant vers des sphères émotionnelles en modulant sa voix. Avec moins de retenue dans le ton, son chant s’aère et devient plus fluide.

Que de chemin parcouru depuis ses premières collaborations vocales avec le mentor Dominique A. Ne reniant pas son apprentissage, aujourd’hui même si le nantais est toujours présent, (il signe deux titres : « Km 83 » et « Contourne-moi »), Françoiz Breut a su se détacher de son empreinte qui lui faisait défaut au début de sa carrière. D’album en album, son assurance s’est affirmée et ses choix artistiques affinés. D’ailleurs, elle n’hésite pas à reprendre à son compte des titres popularisés par des grandes dames de la chanson d’ici comme « Le premier bonheur du jour », emprunté à Françoise Hardy, dans une version vaporeuse et expérimentale très réussie à des kilomètres de l’original. Et les quinze titres de l’album sont autant soignés. Toutefois, on accordera notre préférence à la « Certitude » et « Ultimo », avec leur rythmique rock, au « Ravin » et sa mélodie enjouée, et à « la boîte de nuit » avec son tempo cadencé à vous donner des fourmis dans les jambes.

Depuis la Belgique, Françoiz Breut nous envoie une carte postale de son répertoire musical et nous donne l’impression que la ville a été un révélateur dans sa maturité artistique. La chanteuse s’est nourrie de cette terre plus propice aux échanges culturels et plus reconnaissante envers les artistes peu conventionnels que notre frilosité hexagonale pour s’échapper de l’académisme de la chanson française. En s’entourant remarquablement bien, elle a su marier les langues et adapter son style musical aux univers des compositeurs. Et cette façon de s’infiltrer si naturellement dans le répertoire de ses invités pour y insuffler sa propre dynamique et son grain de voix, donne aux chansons une aura si attirante, un charme si particulier.

Et si Une saison volée était le prix à payer pour accoucher d’un disque aussi abouti, son meilleur des trois à notre avis, même si c’est pour y laisser des plumes, on est prêt à se soustraire au temps.

-Le site de Olympic disk

-Le site de Tôt ou Tard