Le collectif canadien revient avec son post-rock sombre nous fredonner un étrange chant du cygne, éclairé, pourtant, de mélodies lumineuses et de choeurs célestes. Sublime…


Qui se cache derrière ce nom à rallonge et ces pochettes énigmatiques où figure le plus souvent un étrange corbeau (oiseau de mauvaise augure par excellence) ? Silver Mt. Zion (est-il encore besoin de le rappeler) fait tout simplement partie de l’écurie canadienne Godspeedyou! Black Emperor. Son leader, Efrim, en a fait sécession en 1999 entraînant dans son sillage deux autres membres (Sophie et Thierry). Motifs invoqués : trop grand, trop de monde, trop contraignant, mais en secret, le désir taraudant de tester leurs propres compositions…

Enregistré à Montréal dans le désormais célèbre studio Hotel2tango (Godspeedyou!, That Summer…), « Horses in the Sky », leur troisième album, explore davantage l’utilisation des voix, de leur puissance mélodique et de leurs approximations. Résultat, la musique de Silver Mt. Zion, âpre et sans concession, gagne un supplément d’âme salutaire qui la rend plus émouvante que par le passé. Et tant pis si les thèmes évoqués parlent de chaise électrique (“God Bless Our Dead Marines”), de prison (“Mountains Made Of Steam”), de déclaration anti-patriotique (Canada, Oh Canada, I’ve never been your son ! sur « Teddy Roosevelt’s Guns »), on se laisse happer par le chant de Sybil, impératrice narrant un monde qui court à sa perte.

Les compositions, à mi-chemin entre pop-song et symphonie de poche, démontrent toute la finesse mélodique du collectif. Deux chefs d’oeuvres figurent au moins sur cet album, la très belle ballade « Horses In the Sky » et l’odyssée « Ring Them Bells » dont l’intro de cordes pluvieuses fait frémir. Fidèle à l’esprit de Godspeedyou! chaque morceau est composé en un long crescendo hypnotique noyant cordes, guitares et tambours. Dans ce tourbillon acoustique propre à déchaîner les éléments, la voix d’animal blessé d’Efrim surnage et montre le cap à un équipage appliqué à lui rendre grâce.

Sur « Hang On To Each Other » des crépitements de feu de camp se font entendre, l’épaisseur de la nuit, elle-même, devient perceptible. Nos boys scouts entonnent alors un psaume a capella sous les étoiles. Là réside toute la magie de Silver Mt. Zion, dans ces instants de silence merveilleux qui arrivent après le déluge sonore, l’apaisement après la bataille en somme, même s’il est de courte durée.

Bien malin celui qui saurait mettre des références sur leur post-rock crépusculaire teinté de folk pastoral et de punk contestataire (au moins dans l’esprit). Silver Mt. Zion est-il une secte artistique, une club de néo-babas désenchantés, un parti politique? Nul ne le sait. En revanche ce qui est sûr, c’est qu’il joue de la musique comme d’autres font de la résistance et qu’au milieu du feu roulant, ces musiciens savent comme personne faire surgir une forme de beauté nue et dramatique.


NB.

Pour les fans absolus, le disque est disponible en version double vinyle, masterisé à Abbey Road, avec pochette artisanale 3 couleurs et livret de 12 pages.

Lire également :

-Silver Mount Zion Memorial Orchestra (The) & Tra-La-La Band with Choir – This is our Punk-Rock (2003)

-Le site du label Constellation