Au secours, The Darkness est de retour ! Au menu dérision, du hard bien gras mené à un train d’enfer, avec voix de Castafiore à l’appui. Yeah ! Du grand n’importe quoi, ridiculement jouissif.


Allez, on va s’en payer une bonne tranche. Oui, on va se laisser aller, desserrer la cravate et décapsuler une Bud. C’est que vous comprenez, le job de rock critique n’est pas toujours marrant. Ben oui, pensez bien que ce n’est pas toujours rigollo de se coltiner un énième disque de new post-punk, ou bien trouver quelque chose à dire sur le projet annexe du neveu d’un cousin d’un membre d’Animal Collective. Alors lorsque tombe la dernière roublardise de The Darkness, c’est un peu la récré : les neurones travaillent moins et d’étranges pulsions régressives envahissent notre corps…

Evidemment, écouter The Darkness ne se crie pas sur tous les toits. Dans le guide du petit snob illustré, avouer aimer la musique des affreux frères Hawkins, c’est affirmer haut et fort, en compagnie distinguée, que votre film préféré de tous les temps est Rambo III. Une indélicatesse fâcheuse. Pourtant, on ne l’avouera jamais de haute voix (et c’est pour ça qu’on l’écrit), mais un concert de The Darkness c‘est un peu comme aller au cirque une fois par an. On prétend y emmener les gosses, en vérité, c’est un peu de notre jeunesse crétine qu’on tente de retrouver : ressortir tout nos vieux cd d’Aerosmith et exemplaires de hard rock magazine, ceux-si lâchement rangés sous le lit arrivé en seconde Littéraire.

Et puis il faut avouer qu’on se marre bien avec eux. La formule est imbattable, pareille que chez Flunch. Pour 35 minutes, tout est compris dans le menu avec buffet à volonté : torse poilu bien bombé, grand écart facial entre deux têtes d’amplis Marshall, guitare triple manche en forme de coeur, ventilateur qui s’enclenche sur la permanente lorsque vient le moment du solo de tapping, pied de micro bardé de foulards (un mystère du rock jamais élucidé jusqu’ici), ou encore de mémorables solo de batterie pivotant dans l‘air à 360 degrés. Oui, un véritable capharnaüm du mauvais goût… L’ont-ils fait exprès au départ ? Probable. Une chose est certaine, le gang de Lowestoft est parvenu à tourner tous ces clichés à leur avantage avec une arme redoutable : la dérision. Du coup, The Darkness a ouvert un créneau musical improbable dont ils détiennent l’exclusivité. Remarque, qui voudrait s’engouffrer dans un tel piège ?

4 millions d’exemplaires de Permission To Land écoulés plus tard, le succès n’a pas eu raison de la bande, même s’ils ont perdu un bassiste en cours de route (a-t-il implosé sur scène comme dans Spinal Tap ?). Pour frapper encore plus fort, les affreux hardos ont usé de la grosse artillerie en conviant le démesuré Roy Thomas Baker, illustre producteur de Queen. Du lourd de chez lourd. Et la rituelle introduction le fait bien comprendre, digne de l’entrée des charts dans Ben Hur : une flûte de pan virtuose déboule sur une mise en scène mélo spaghetti à la Ennio Morricone, et puis BOUM ! un riff mastodonte greffé sur une batterie enregistrée dans le Grand Canyon font place. Place au grand cirque rock n’roll.

Avec un budget cette fois illimité, The Darkness en ont profité pour peaufiner les arrangements, un peu plus subtils – enfin tout est relatif : un sitar par-ci, un accordéon par là, et des ambiances plus exotiques piquées chez les sumotori (“Hazel Eyes”). Pour donner encore plus d’ampleur à cette entreprise de démolition, ce vieux briscard de Roy Thomas Baker leur a même dévoilé le secret des harmonies vocales à la Farinelli de “Bohemian Rapsody”… . Par moment, Justin Hawkins s’égosille tellement fort qu’on sent que son moule-burne est sur le point de craquer. Apparemment, il tient bon.

Devant une telle accumulation de clichés, on aimerait bien ne pas tomber dans le panneau, mais c’est que ces chansons sont diablement perfides. Les bougres savent écrire des mélodies tenaces, et même parfois touchantes (“Dinner Lady Arms”, “Girlfriend”). Grand sommet, “Bald”, un truc méchant à la “Thunderstruck” d’AC/DC bardé d’un riff à faire pipi dans le pantalon. Enfin, comme tout album de hard qui se respecte, on a droit à la bonne grosse ballade symphonique qui tâche avec briquet de circonstance… sauf qu’ici c’est plutôt le chalumeau de détresse qu’on allume : au secours ! Seul regret, Justin commence à chanter un peu trop juste à notre goût…

Il me revient en tête une vieille interview où le batteur d’Aerosmith racontait que le jour où son front man Steven Tyler a visionné le film Spinal Tap, il s’est tapé une déprime carabinée pendant un mois. Nul doute que depuis The Darkness il se soit tourné vers une carrière d’acteur dans Be Cool. Trop c’est trop.

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