Effleuré d’arrangements aussi pigmenté qu’un couchant austral, le second album du jeune songwriter de Secretly Canadian s’aventure en terre West Coast. Wainting For The Sunrise, ou l’écume des jours heureux.


Tout juste 20 ans et déjà seigneur. Enfin presque. Avec ce nom que l’on jurerait descendant d’un baron néerlandais – ce qui n’est vraisemblablement pas le cas – l’Américain David Vandervelde, petit prince du label Secretly Canadian, s’était hautement distingué l’année dernière, révélation d’un premier album à l’esprit follement rétro et génialement cosmique, The Moonstation House Band. Le songwriter, producteur et multi-instrumentiste s’y plantait en zélateur du folk à boogie – et non pas à bougie, grosse tendance actuelle. A tel point que son camarade (de) classe Richard Swift, soufflé par tant d’ingéniosité, lui dédia une chanson [[« Vandervelde Blues » sur Richard Swift as Onasis I & II]]. Et dieu sait qu’on ne la lui fait pas, au frisé.

Dix-huit mois se sont écoulés depuis The Moonstation Station Band et le songwriter de Chicago a entretemps migré ver Brooklyn. Ce qui ne l’empêche pas de brouiller les pistes sur son Myspace en se proclamant de Nashville. Il est vrai qu’on pourrait se laisser duper à l’écoute du disque, Vandervelde croquant de nouveaux pâturages nettement plus enracinés dans la country. Si le premier album contemplait la classe d’un Marc Bolan pailleté et les boites de peinture psychédéliques de Syd Barrett, Wainting For The Sunrise prend ses distances de l’Albion. Avec un bel élan, Vandervelde entreprend un spectaculaire bond au-dessus de l’Atlantique pour revenir sur les terres de l’americana et de la pop West Coast. Ces nouveaux héros ont d’autres noms : l’archange pop Jimmy Webb, les ballades crève-coeur de Procol Harum et America rentrent dans cette danse au sentimentalisme incurable. Si la distance des styles entre les deux disques est vaste, Vandervelde reste manifestement coincé dans une capsule temporelle identique, quelque part entre 1967 et 1974… Seulement le songwriting semble avoir pris vingt ans de plus.

Chatoyé d’un son dantesque qui élargit considérablement l’horizon, Wainting For The Sunrise est un superbe album de country onirique. L’esthétique très léchée baigne au son d’un Fender Rhodes 70’s pur malt, d’un orgue Hammond tout aussi vintage et de douze-cordes célestes. Ainsi, “Hit The Road”, road-movie pop enrobé d’un spectaculaire Wall of Sound, laisse hagard : des poussières d’étoiles se répandent sur la route, secouées par les coups de tonnerre d’une batterie littéralement en suspens… ou bien “Knowledge of Evil”, pop song à l’hélium qui donnera des cauchemars à Mercury Rev. Sans parler de “Lyin’ in Bed”, une de ses deux ou trois madeleines gorgées de soul qui parsèment le disque, et achèveront tout le monde.

Autrement, le musicien débrouillard de The Moonstation… n’est manifestement plus seul à scruter le soleil couchant. The Likedy Splitz, comme Vandervelde se plait à surnommer sa bande, apparaît comme l’incarnation fantasmée du Wilco période Summerteeth, en plus acidulée. Et d’évidence, même si Jay Bennett n’est crédité qu’une fois (il coécrit un titre qui ne cache pas son ambition rétro, « California Breezes »), l’ex pianiste de la bande à Jeff Tweedy apporte sa pierre à l’édifice. Déjà de l’aventure sur le premier album, le vétéran (à l’égard de son jeune protégé) fait sans conteste office de gourou (les harmonies pop deSummerteeth, c’était lui). Enfin, seulement deux titres font office de rescapés de l’exode londonien : “Cryin’ Like the Rain” avec l’enfant de la révolution glam T. Rex et “Waiting for the Sunrise” qui aurait pu être signé du Thin White Duke himself. Comment garder l’allure glam même avec un chapeau de paille sur la tête ? Chez ce jeune homme, l’élégance semble innée.

– La page Myspace de David Vandervelde